Un «acte flagrant de racisme et de censure anti-palestiniens», a commenté l’écrivaine Randa Abdel-Fattah à propos de la décision du conseil d’administration du festival littéraire d’Adelaïde de la déprogrammer pour des raisons de «sensibilité culturelle». La romancière-avocate d’origine palestinienne devait y présenter Discipline, un ouvrage suivant l’histoire d’une journaliste et d’un universitaire confrontés à la censure dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Selon BBC News, le conseil a déclaré qu’il ne serait pas «culturellement approprié de continuer à la programmer» bien qu’il «ne suggère en rien» qu’elle ait eu «un quelconque lien avec la tragédie de Bondi», l’attentat antisémite survenu en décembre qui a fait 15 morts.
Ce n’est pas la première fois que l’écrivaine se voit reprocher son positionnement pro-palestinien. En 2024, elle avait été critiquée pour avoir écrit sur X : «L’objectif est la décolonisation et la fin de cette colonie sioniste meurtrière», en parlant d’Israël. Le conseil estime que ces propos passés sont incompatibles avec le bon déroulement du festival.
Un boycott massif
A la suite de cette décision, de nombreux écrivains programmés ont annoncé boycotter l’événement, prévu du 27 février au 15 mars. Parmi eux, la romancière britannique Zadie Smith, l’économiste et homme politique grec Yanis Varoufakis, l’écrivain lauréat du prix Pulitzer Percival Everett, et le journaliste russo-américain M.Gessen. Face à la vague de désistement, Louise Adler, la directrice du festival, a elle-même posé sa démission. L’organisatrice a expliqué dans une lettre ouverte parue dans The Guardian, qu’elle ne consentait pas à participer à la «réduction sous silence» d’une écrivaine.
Les tensions au sein de l’organisation du festival ont atteint leur apogée la semaine dernière, conduisant à son annulation, annoncée dans un communiqué mardi 13 janvier. Mais elles ne sont pourtant pas nouvelles. En octobre 2025, après la programmation de Randa Abdel-Fattah à l’affiche de l’édition 2026, un des membres du conseil avait démissionné, accusant la directrice de nommer systématiquement des auteurs ayant une position anti-Israël. L’année précédente, l’universitaire figurait parmi les signataires d’une lettre adressée au festival, demandant le retrait de l’éditorialiste Thomas Friedman en raison de propos qu’il avait tenu dans le New York Times en janvier 2024. Il y comparait notamment la situation au Moyen-Orient au règne animal, usant de métaphores d’un registre similaire pour analyser le comportement des acteurs politiques impliqués. Le conseil d’administration avait alors répondu aux signataires qu’«annuler la présence d’un écrivain est une demande extrêmement grave».
Tous les membres du conseil d’administration du festival ont désormais démissionné, après avoir présenté leurs excuses à l’écrivaine «pour la manière dont la décision a été présentée». Randa Abdel-Fattah les a rejetées, les estimant «malhonnêtes». D’après la BBC, l’autrice hésite encore à mener une action en justice mais insiste sur le fait que cette polémique «n’est qu’un écran de fumée» et qu’elle ne désire pas être au centre de cette histoire car c’est «la Palestine qui doit l’être».




