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En plein conflit frontalier avec le Cambodge, la Thaïlande dissout son Parlement

Le décret a été publié ce vendredi dans «la Gazette royale». Jeudi, le Premier ministre, Anutin Charnvirakul, avait dit vouloir «rendre le pouvoir au peuple» dans un message sur Facebook.

Le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, annonce la dissolution du Parlement, à Bangkok, ce vendredi 12 décembre. (Chalinee Thirasupa/REUTERS)
Publié le 12/12/2025 à 10h47

Le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, a dissous le Parlement ce vendredi 12 décembre, trois mois après son arrivée au pouvoir. Un décret a été publié en ce sens dans la Gazette royale – le journal officiel du pays. Il ouvre la voie à la tenue d’élections législatives dans un délai de quarante-cinq à soixante jours ; soit d’ici début février.

«Etant donné que le gouvernement est minoritaire et que la situation politique intérieure est marquée par de multiples défis, le gouvernement n’est pas en mesure de gérer les affaires de l’Etat de manière continue, efficace et stable», indique la Gazette. La décision était attendue. Elle intervient cependant plus tôt que prévu, en plein conflit meurtrier à la frontière avec le Cambodge, où les combats ont fait au moins 20 morts de part et d’autre depuis le début de la semaine – des centaines de milliers de Thaïlandais ont été contraints de fuir la zone et dorment sous des tentes, des abris en béton ou dans des centres d’hébergement d’urgence.

A Bangkok, loin de la frontière contestée avec le voisin cambodgien, la vie politique locale n’est pas pour autant à l’arrêt et son instabilité chronique a refait surface. C’est d’ailleurs par un bref message sur son compte Facebook que le Premier ministre a laissé entendre jeudi soir qu’il avait l’intention de dissoudre le Parlement. «Je voudrais rendre le pouvoir au peuple», avait-il écrit.

Un scrutin attendu

Anutin Charnvirakul, du parti conservateur Bhumjaithai, est arrivé au pouvoir en septembre après la destitution de la Première ministre, Paetongtarn Shinawatra, fille du magnat et ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra. Il s’était engagé à dissoudre la Chambre basse et à organiser un scrutin d’ici début 2026, mais les observateurs s’attendaient plutôt à une dissolution après Noël.

«J’ai préparé le projet de décret de dissolution de la Chambre dès le premier jour de ma nomination», a-t-il déclaré vendredi lors d’une prise de parole devant la presse. Le dirigeant de 59 ans, grand artisan de la dépénalisation du cannabis dans le pays en 2022, était autrefois un allié puissant du clan Shinawatra, qui a longtemps dominé la scène politique thaïlandaise mais dont l’influence décline.

Au cours de ses trois mois dans le fauteuil de Premier ministre, Anutin Charnvirakul a dû notamment composer avec la mort de l’ancienne reine Sirikit et des tensions croissantes avec le Cambodge, jusqu’à la reprise des affrontements armés dimanche.

Un appel avec Trump

Les combats sont entrés vendredi dans leur sixième jour, soit un de plus qu’en juillet, lorsqu’un premier épisode de violences avait fait 43 morts et poussé environ 300 000 personnes à évacuer. La Thaïlande et le Cambodge se disputent des morceaux de territoire le long de leur frontière tracée pendant la période coloniale française. Les deux pays avaient cosigné le 26 octobre un accord de cessez-le-feu avec le président américain, Donald Trump.

Mais la Thaïlande l’a suspendu quelques semaines plus tard après l’explosion d’une mine terrestre ayant blessé plusieurs de ses soldats. Donald Trump a affirmé cette semaine qu’il comptait appeler les dirigeants des deux voisins d’Asie du Sud-Est pour leur demander de cesser les hostilités. Anutin Charnvirakul, qui continue de gérer les affaires courantes du pays jusqu’aux élections, a fait savoir que l’appel était prévu ce vendredi à 21 h 20 heure locale, soit 15 h 20 en France.

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