Le chef de l’exécutif hongkongais, John Lee, a annoncé lors d’une conférence de presse ce mardi 2 décembre la création d’un «comité indépendant» qui enquêtera sur les causes de l’incendie qui a fait au moins 156 morts dans les tours de Wang Fuk Court la semaine dernière.
Reportage
Le comité, présidé par un juge, sera «chargé de mener une enquête approfondie et exhaustive afin de réformer le système de construction, et d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent à l’avenir», a précisé le dirigeant de Hongkong. Selon les autorités, l’intensité de l’incendie serait due aux filets utilisés sur les échafaudages installés sur les tours, non conformes aux normes incendies.
John Lee a affirmé que «les coupables ont tenté de mélanger les filets non conformes avec des conformes afin de tromper les organismes d’inspection des autorités». Le feu a finalement ravagé cinq des sept tours de Wang Fuk Court, obligeant les habitants du complexe résidentiel en cours de rénovation à quitter leur domicile. A ce jour, une trentaine de personnes sont encore portées disparues.
Arrestations pour «intention séditieuse» et «provocation à la discorde»
Une enquête criminelle est déjà en cours, menée conjointement par la police et l’organisme anticorruption de Hongkong. Après leurs recherches, 15 personnes ont été arrêtées pour suspicion d’homicide involontaire, et 12 autres pour suspicion de corruption. Mais certains groupes ont appelé le gouvernement à lancer en parallèle une enquête indépendante, mécanisme juridique dont Hongkong a hérité de la domination britannique. Ces «commissions d’enquête» sont généralement dirigées par des juges pour traiter de dossiers complexes.
Miles Kwan, étudiant de 24 ans, a ainsi lancé une pétition réclamant des comptes au gouvernement sur les causes de l’incendie et l’ouverture d’une enquête indépendante – elle a recueilli plus de 10 000 signatures en moins d’une journée, avant d’être supprimée. Le jeune homme a été arrêté samedi soir pour «intention séditieuse» avant d’être libéré sous caution lundi.
Deux autres personnes soupçonnées de «provocation à la discorde», dont un ancien conseiller local, ont également été arrêtées, selon des médias locaux. Après la révélation de ces interpellations, Human Rights Watch a exhorté ce mardi les autorités à «garantir une enquête transparente et à établir les responsabilités». Et de rappeler qu’il «est crucial de ne pas traiter comme des criminels ceux qui réclament des réponses après ce tragique incendie», estimant que la catastrophe – et la manière dont elle est gérée – «soulève de sérieuses inquiétudes» quant à l’influence de Pékin sur Hongkong. Interrogé au sujet des arrestations, John Lee a déclaré qu’il ne «tolérerait aucun délit, et en particulier ceux qui exploitent la tragédie que nous traversons».
Territoire rétrocédé à la Chine comme «région administrative spéciale» par le Royaume-Uni en 1997, Hongkong a vu le contrôle de Pékin se resserrer davantage depuis la promulgation en 2020 de la loi de sécurité nationale. Adoptée en réaction aux manifestations prodémocratie de 2019, elle impose notamment la procédure pénale chinoise à Hongkong. L’année dernière, un deuxième volet de cette loi a porté à sept ans la peine encourue pour sédition. Depuis début novembre, les autorités ont arrêté 348 personnes pour des délits liés à la «sécurité nationale» et en ont condamné 172.




