A Hongkong, la compassion des autorités n’aura donc eu qu’un temps. Sans que l’on connaisse encore le bilan définitif de l’incendie des tours de Wang Fuk Court – lundi 1er décembre au soir, il s’établissait à 151 morts et des dizaines de disparus –, la répression se met en place. Un ancien conseiller local, Kenneth Cheung Kam-hung, et une volontaire identifiée comme Mme Lee, qui fournissait des vivres aux rescapés du sinistre, ont été arrêtés dimanche 30 novembre, selon plusieurs journaux locaux dans leurs éditions de ce lundi. Ils sont soupçonnés de «provocation à la haine et à la discorde», écrivent les médias hongkongais The Standard et le South China Morning Post.
Par ailleurs, Miles Kwan, un étudiant de 24 ans, a été arrêté samedi soir après avoir distribué des tracts appelant à l’ouverture d’une enquête indépendante sur les causes du drame. Ce lundi, il a été aperçu quittant un commissariat du district de Cheung Sha Wan en taxi, sans que la presse puisse recueillir de commentaire et sans que personne ne connaisse sa destination.
Interview
Avec d’autres membres du Tai Po Wang Fuk Court Fire Concern Group, Miles Kwan était à l’origine d’une pétition réclamant des comptes aux autorités, qui avait récolté plus de 10 000 signatures en ligne avant d’être supprimée samedi 29 novembre, au même moment que le compte Instagram du collectif. Il a suffi de quatre revendications pour que le gouvernement dénonce une incitation à la «sédition» : soutien aux résidents déplacés, examen des systèmes de supervision des chantiers, mise en place d’une commission d’enquête indépendante et recherche de responsabilité des autorités publiques. Pour le chef de la sécurité du territoire, Chris Tang, la démarche des pétitionnaires exploite «la souffrance de la société pour inciter au mécontentement contre le gouvernement en pratiquant la désinformation».
«Replonger Hongkong dans la tourmente de 2019»
Car, du côté des autorités, on se félicite évidemment de la gestion de crise, entre l’annonce de la création d’un groupe de travail interministériel pour éclaircir les événements et l’enquête criminelle menée par la police et la Commission indépendante contre la corruption. Ceux qui disent le contraire seraient donc de «perturbateurs anti-Chine». Au total, 14 personnes ont été arrêtées à ce jour dans l’enquête sur l’incendie, dont 13 soupçonnées d’homicide involontaire.
Interrogé sur Miles Kwan et d’autres potentielles arrestations, Chris Tang n’a pas répondu, se contentant de viser les «commentaires inexacts» de «personnes aux motivations inavouées» qui chercheraient «à mettre en danger la sécurité de Hongkong et la sécurité nationale», contre lesquelles «des mesures appropriées» doivent être prises.
Reportage
Le Bureau pour la sauvegarde de la sécurité nationale a dénoncé de son côté une volonté de «replonger Hongkong dans la tourmente des troubles sociaux de 2019», quand des manifestations des mouvements démocratiques s’étaient soldées par des milliers d’arrestations, des procès politiques et de très lourdes peines de prison.
Le contrôle de Pékin n’a cessé de s’intensifier depuis à Hongkong, notamment via la loi de sécurité nationale, adoptée en 2020 et accentuée en 2023, imposant la procédure pénale chinoise dans la «région administrative spéciale» : les citoyens de Hongkong peuvent désormais être détenus pendant six mois dans un lieu inconnu sans avoir recours à un avocat. Entre autres.




