Le bilan du typhon Kalmaegi aux Philippines a dépassé les 140 morts ce jeudi 6 novembre, selon des chiffres officiels compilés par l’AFP sur cette catastrophe qui a provoqué des inondations d’une rare violence.
Le président philippin Ferdinand Marcos a décrété «l’état de catastrophe nationale», autorisant le gouvernement à débloquer des fonds pour l’aide humanitaire et à imposer des prix plafonnés sur les produits de première nécessité, après que des villes entières de la province centrale de Cebu (centre), la plus durement frappée, ont été submergées. Le bureau national de la défense civile a confirmé jeudi 114 décès, auxquels s’ajoutent 28 morts enregistrés par les autorités de cette province.
400 000 déplacés
«Ce sont les grandes villes qui ont été touchées, les zones très urbanisées», a expliqué sur la radio locale DZMM Rafaelito Alejandro, un responsable de la défense civile. Dans la région de Cebu (centre), des villes entières avaient été inondées mardi, les habitants tentant de trouver refuge sur les toits pour échapper aux eaux boueuses qui emportaient voitures, camions, et même d’énormes conteneurs de marchandises. «Toutes les inondations se sont retirées. Notre défi est maintenant d’enlever les débris qui bloquent nos routes», a ajouté Rafaelito Alejandro. Près de 400 000 personnes avaient été préventivement déplacées de la trajectoire du typhon.
A Liloan, une ville proche de Cebu City où 35 corps ont été retrouvés dans des zones inondées, des journalistes de l’AFP ont vu des voitures empilées les unes sur les autres par les crues et des toits arrachés, tandis que les habitants tentaient de dégager la boue. «Nous avons essayé d’appeler les secours, mais personne n’est venu. On nous a dit que les sauveteurs avaient été emportés par le courant», raconte à l’AFP Chyros Roa, 42 ans, qui s’est réfugié avec ses enfants, comme beaucoup d’autres, sur son toit lorsque l’eau s’est engouffrée chez lui.
Christine Aton, une femme handicapée, a perdu la vie, piégée dans sa chambre alors que les eaux montaient à l’intérieur de sa maison. «Nous avons essayé de forcer [la porte de sa chambre] avec un couteau de cuisine et un pied-de-biche, mais elle ne bougeait pas… Puis le réfrigérateur a commencé à flotter,» a déclaré sa sœur, Michelle Aton, 29 ans, à l’AFP. «Mon père m’a dit que nous ne pouvions rien faire pour elle, que nous risquions tous les trois de mourir.»
Kalmaegi est entré par l’est du pays lundi peu avant minuit (16 heures à Paris), touchant terre au niveau de la province des îles Dinagat, d’après le service météorologique national. Sur les vingt-quatre heures précédentes, 183 millimètres de précipitations se sont abattus sur la zone autour de la ville de Cebu, bien au-dessus de la moyenne mensuelle de 131 millimètres, a souligné la météorologue Charmagne Varilla.
Situation «sans précédent»
La gouverneure de la province, Pamela Baricuatro, a évoqué une situation «sans précédent». «Nous nous attendions à ce que les vents soient dangereux, mais […] l’eau est ce qui met véritablement notre population en danger», a-t-elle dit aux journalistes, qualifiant les inondations de «dévastatrices». Mercredi vers 8 heures (1 heure du matin, heure française), Kalmaegi progressait vers l’ouest et les sites touristiques de la région de Palawan, soufflant des vents de 120 km/h, avec des pics à 165 km/h.
Benison Estareja, du service météorologique national, a déclaré à l’AFP que les précipitations dans le sillage de Kalmaegi étaient 1,5 fois supérieures à la quantité qui tombe habituellement à Cebu pendant tout le mois de novembre : un phénomène qui se produit «une fois tous les vingt ans». La «forte urbanisation» des zones les plus touchées a rendu l’épisode encore plus meurtrier, a-t-il ajouté.
Chaque année, une vingtaine de tempêtes ou typhons frappent les Philippines ou s’en approchent, les régions les plus pauvres du pays étant généralement les plus durement touchées. En comptant Kalmaegi, l’archipel d’Asie de l’Est a déjà atteint cette moyenne annuelle, a recensé Charmagne Varilla. Et au moins «trois à cinq autres» de ces phénomènes pourraient frapper d’ici à décembre, a-t-elle prévenu.
Le typhon Kalmaegi, qui s’est renforcé, se dirige à présent vers le Vietnam qu’il devrait atteindre dans la soirée de jeudi en provoquant des vagues pouvant atteindre huit mètres de haut, selon le service de météorologie national. Le vice-Premier ministre vietnamien Tran Hong Ha a averti mercredi que le typhon Kalmaegi était «dangereux» et «très anormal», et a demandé aux autorités locales de s’y préparer.
Le typhon Ragasa et la tempête Bualoi, tous deux meurtriers, avaient déjà balayé les Philippines en septembre. Selon les scientifiques, le réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents, plus meurtriers et plus destructeurs.
Mise à jour à 8 h 55 avec le nouveau bilan.




