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Japon : le meurtrier de l’ex-Premier ministre Shinzo Abe condamné à la prison à vie

Tetsuya Yamagami, jugé pour avoir tué par balle l’ancien chef du gouvernement japonais en juillet 2022, a été reconnu coupable ce mercredi. Cet assassinat en plein jour avait provoqué une onde de choc mondiale.

Tetsuya Yamagami, escorté au poste de police à Nara, dans l'ouest du Japon, deux jours après l'assassinat de Shinzo Abe, le 10 juillet 2022. (KyodoNews/REUTERS)
Publié le 21/01/2026 à 9h18

Un ancien Premier ministre abattu par balle en plein jour lors d’un meeting électoral. L’assassinat de l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe le 8 juillet 2022, deux ans après avoir quitté ses fonctions, avait provoqué une onde de choc mondiale. Trois années ont passé, et l’homme accusé de l’avoir tué vient d’être reconnu coupable ce mercredi 21 janvier. Tetsuya Yamagami a été condamné à la prison à vie.

Selon le tribunal de Nara, ville près de Kyoto où s’était produit l’assassinat, l’homme de 45 ans avait été «déterminé» à abattre l’ex-dirigeant. Il avait débuté, dès 2020, des expérimentations pour fabriquer une arme à feu à partir d’informations glanées sur Internet. Pour le juge Shinichi Tanaka, le fait qu’il «l’ait abattu par-derrière au moment où [Shinzo Abe] s’y attendait le moins» met en évidence le caractère «méprisable et extrêmement malveillant» de son acte. Ce verdict laisse tout de même ouverte la possibilité d’une libération conditionnelle – même si, selon des experts, beaucoup de détenus meurent en détention dans le pays.

La secte Moon en toile de fond

Tetsuya Yamagami avait reconnu le meurtre dès l’ouverture du procès en octobre. Le parquet avait alors requis la prison à perpétuité, qualifiant cet acte «d’inédit dans notre histoire d’après-guerre» avec des «conséquences extrêmement graves» sur la société.

L’assassinat de Shinzo Abe avait provoqué un traumatisme dans un pays où les crimes par arme à feu sont extrêmement rares. Le fait que Tetsuya Yamagami en voulait à l’ancien Premier ministre pour ses liens présumés avec l’Eglise de l’unification, dite «secte Moon», a provoqué un examen des pratiques de cette organisation religieuse. Laquelle, fondée en 1954 en Corée du Sud, est accusée d’exercer des pressions financières sur ses fidèles – dont la famille du quadragénaire a selon lui été victime. L’organisation s’est aussi rapidement rapprochée du monde politique, y compris japonais.

L’enquête a révélé des liens étroits entre l’Eglise de l’unification et plusieurs élus du Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste) au pouvoir au Japon. Ils avaient, à l’époque, provoqué la démission de quatre ministres. Selon une enquête interne du PLD, dont les conclusions ont été révélées en septembre 2022, la moitié de ses 379 élus d’alors au Parlement avaient des relations avec la secte. En avril 2025, un tribunal a ordonné la dissolution de la branche japonaise de l’organisation, évoquant des «dommages sans précédent» causés à la société nippone.

L’assassinat de Shinzo Abe avait aussi mis en lumière les failles du dispositif de sécurité. Les policiers présents n’avaient pas immédiatement identifié le bruit du premier coup de feu, et étaient intervenus trop tard pour sauver l’ancien Premier ministre. Le drame a conduit à un renforcement de la législation japonaise sur les armes en 2024.

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