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Labubu : une ONG chinoise assure que les peluches sont confectionnées par des travailleurs exploités

Selon une enquête révélée par le «Guardian», la société Pop Mart, qui fabrique les célèbres petits monstres, aurait recours aux services de prestataires peu regardants sur les conditions de travail d’adolescents.

Durant trois mois, les enquêteurs de l’ONG CLW ont été dépêchés au sein de l’usine qui fabrique les Labubu, dans le sud-est de la Chine. (Riccardo Milani/Hans Lucas. AFP)
Publié le 13/01/2026 à 17h10

Ça pue pue au pays des Labubu. Ces petites peluches aux dents pointues et aux couleurs flashy, devenues en quelques mois les stars des cours de récré du monde entier et l’accessoire prisé des people pour leurs sacs à main, sont dans la tourmente. Une enquête menée par l’ONG China Labor Watch (CLW) et publiée par le quotidien britannique The Guardian fait état de preuves d’exploitation des travailleurs dans la chaîne d’approvisionnement de ces doudous ultra-populaires fabriqués par le géant du jouet Pop Mart.

Cette ONG de défense des droits des travailleurs, basée à New York, assure qu’un des fournisseurs du fabricant a eu recours à des pratiques d’exploitation au travail. Pêle-mêle, l’emploi de jeunes âgés de 16 et 17 ans à qui on ne fournit pas les protections adéquates pourtant prévues par la loi chinoise, une formation insuffisante en matière de santé et de sécurité…

Durant trois mois, les enquêteurs de l’ONG ont été dépêchés au sein de l’usine Shunjia Toys, dans la province du Jiangxi dans le sud-est de la Chine. Dans cet immense bâtiment, plus de 4 500 personnes travaillent à la chaîne. Plus de 50 employés ont témoigné auprès des enquêteurs de China Labor Watch et tous avaient pour mission la confection des Labubu. Parmi eux, trois salariés de moins de 18 ans ont raconté leurs conditions de travail.

Des contrats vierges à signer en «cinq minutes»

Si le droit chinois permet aux moins de 18 ans de travailler, les mineurs doivent pour autant bénéficier de certaines protections, telles que l’interdiction des travaux considérés comme pénibles ou dangereux. Sauf que sur les lignes de production de Shunjia Toys, les jeunes sont affectés à des postes standards de la chaîne de montage aux côtés des travailleurs adultes, avec les mêmes objectifs à remplir et la même charge de travail à abattre. «Les travailleurs mineurs ne comprenaient généralement pas la nature des contrats qu’ils signaient et n’avaient aucune idée claire de leur statut légal lorsqu’on les interrogeait à ce sujet», souligne par ailleurs le rapport de CLW.

En plus d’avoir recours à des travailleurs adolescents, l’enquête révèle aussi que les contrats fournis par l’entreprise et paraphés par les travailleurs, qu’ils soient mineurs ou non, sont systématiquement vierges. Et ils doivent être signés dans l’urgence, en «cinq minutes» montre en main, affirme l’ONG. Ces contrats font également fi d’informations pourtant capitales sur les détails des conditions de travail. Rien concernant la durée du contrat, la nature du poste ni le salaire versé. Quant aux éléments relatifs à la sécurité sociale, ils sont «vides et sans explication», selon CLW.

600 millions d’euros de bénéfices au premier semestre 2025

Malgré le manque à gagner lié aux contrefaçons de ces peluches qui inondent le marché depuis une année et les soupçons qui portent sur les conditions de travail délétères des travailleurs, la véritable Labubu de Pop Mart a tout raflé en 2025. Rien qu’au premier semestre 2025, les «Monsters», gamme emblématique des peluches arborant un sourire inquiétant bardé de chicots acérés, ont généré 4,8 milliards de yuans, soit près de 600 millions d’euros.

En août, Wang Ning, PDG de Pop Mart, a fait état d’une hausse de son bénéfice net de près de 400 % grâce à l’explosion de la demande. De quoi pousser l’entreprise à augmenter ses rendements pour produire toujours plus de Labubu. Shunjia Toys, qui dispose d’une capacité de production officielle de 12 millions de jouets par an a récemment annoncé son souhait de l’étendre à 33 millions d’unités.

En réalité, les entretiens diligentés par CLW montrent que l’usine produit déjà bien plus de 12 millions de jouets par an. «Cet écart entre la capacité prévue et la production réelle est fréquent dans le secteur manufacturier chinois», décrypte Li Qiang, fondateur de CLW. Et d’ajouter : «Lorsque la demande du marché augmente rapidement, la production dépasse souvent largement les niveaux prévus, ce qui engendre une pression directe sur les travailleurs.»

Des mécanismes de contrôle insuffisants

Contacté par le Guardian, un porte-parole de Pop Mart assure continuer de «renforcer ses mécanismes d’audit et de contrôle de la chaîne d’approvisionnement». «Si les conclusions sont avérées, nous exigerons fermement des partenaires concernés qu’ils mettent en œuvre des mesures correctives complètes, conformément à la législation et à la réglementation locales», promet l’entreprise.

Pour Li Qiang, de CLW, «les mécanismes de contrôle de la chaîne d’approvisionnement existants ne semblent pas suffisants pour identifier et prévenir ces problèmes de manière opportune et efficace». L’ONG enjoint à Pop Mart de garantir la transparence sur les «conditions de travail réelles en usine», de faire la lumière sur la production externalisée et le recours aux prestataires pour permettre un «contrôle effectif». Si Pop Mart a accepté de répondre aux sollicitations du quotidien britannique, l’usine Shunjia Toys, «impossible à joindre», n‘a pas fait de commentaire.

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