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Justice

L’ancienne Première ministre du Bangladesh condamnée à mort pour crimes contre l’humanité

En exil depuis sa fuite l’an dernier, Sheikh Hasina était jugée par contumace pour avoir mortellement réprimé la «Révolution de juillet» qui a soulevé le pays en 2024.

L'ancienne première Ministre Sheikh Hasina lors d'une interview à New York, en septembre 2022. (Ed Jones/AFP)
Publié le 17/11/2025 à 12h27, mis à jour le 17/11/2025 à 12h32

Peine capitale pour l’ex-Première ministre en exil du Bangladesh. Sheikh Hasina, 78 ans, a été condamnée à mort ce lundi par la justice de son pays pour avoir ordonné d’écraser les manifestations qui ont causé sa chute pendant l’été 2024. «Tous les éléments […] constitutifs du crime contre l’humanité sont réunis, a déclaré le juge du tribunal de Dacca, Golam Mortuza Mozumder, en rendant son verdict. Nous avons décidé de lui infliger une seule peine, la peine de mort.»

En Inde depuis sa fuite en hélicoptère, la «bégum de fer», était jugée en son absence depuis le mois de juin par ce même tribunal. Au terme du procès, les juges l’ont reconnue coupable de plusieurs chefs d’inculpation relevant du crime contre l’humanité, notamment d’avoir incité aux meurtres et d’en avoir ordonné, selon le verdict.

Ayant toujours nié les accusations portées contre elle, l’ancienne cheffe du gouvernement bangladais a réagi à cette annonce par un communiqué, qualifiant les jugements à son encontre de «partiaux et motivés politiquement», car «décidés par un tribunal illégal, nommé et présidé par un gouvernement non élu et sans mandat démocratique».

«Une criminelle endurcie»

Interrogée par l’AFP sur un éventuel retour en politique, Sheikh Hasina, fille aînée du leader de l’indépendance du pays, Sheikh Mujibur Rahmana, a botté en touche en assurant que sa «priorité est le bien-être et la stabilité» du pays. Victorieuse des élections législatives, largement considérées comme frauduleuses début 2024, son parti, la Ligue Awami, a été interdit par le gouvernement provisoire du Prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, devenu Premier ministre par intérim. Représentant l’opposition sous le règne de Sheikh Hasina, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) est considéré comme le grand favori du prochain scrutin.

«Nous espérons que le tribunal exercera prudence et sagesse, que justice sera faite et que cette décision marquera la fin des crimes contre l’humanité et servira d’exemple», avait souhaité la semaine dernière le procureur en charge du dossier, Tajul Islam. Au terme des débats, le représentant de l’accusation avait réclamé, sans surprise, la condamnation de Sheikh Hasina à la peine capitale. «Pour un simple meurtre, la peine de mort est la règle. Pour 1 400 meurtres, elle la mérite 1 400 fois, avait-il déclaré devant les juges. Elle est une criminelle endurcie et n’a fait preuve d’aucun remords pour sa brutalité».

A l’origine des manifestations antigouvernementales survenues entre juillet et août 2024 ayant mené à la fuite de l’élue condamnée après quinze ans de règne, se trouve la décision prise par la Cour suprême de restaurer des quotas dans les concours de la fonction publique, en particulier en faveur des descendants des combattants de la guerre d’indépendance. Une mesure très mal reçue par la population bangladaise, alors descendue dans la rue, et violemment réprimée, avec un bilan de 1 400 morts, selon l’ONU, pour la plupart des civils.

Le tribunal a également condamné à mort lundi l’ancien ministre de l’Intérieur, Asaduzzaman Khan Kamal, lui aussi en fuite. L’ex-chef de la police, Chowdhury Abdullah Al Mamun, en détention et qui a plaidé coupable, s’est vu lui infliger une peine de cinq ans d’emprisonnement.

250 disparitions d’opposants

Le parcours judiciaire de Sheikh Hasina ne se limite pas à ce procès. Elle fait également l’objet de multiples plaintes pour les multiples meurtres, enlèvements et séquestrations dont l’ont accusée, tout au long de ses mandats, ses adversaires politiques et les ONG. Une commission d’enquête a d’ailleurs récemment chiffré à plus de 250 le nombre de disparitions d’opposants ordonnées par son gouvernement.

Dans un pays sous fortes tensions politiques déjà tourné vers les élections législatives prévues dans trois mois, cette décision judiciaire était très attendue. La police de la capitale a été placée en alerte et déployée en nombre pour procéder à des contrôles stricts autour du tribunal et dans tous les points névralgiques de la ville, ont constaté des journalistes de l’AFP.

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