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Gisement

Le Japon dit avoir réussi à extraire des terres rares à 6 000 mètres de profondeur en pleine mer

L’exploitation de ces minerais stratégiques pourrait permettre à Tokyo de réduire sa dépendance vis-à-vis de Pékin. Mais elle est très destructrice pour la faune et la flore marine.

Le navire de forage en eaux profondes japonais Chikyu, amarré à un quai du port de Shimizu, le 11 septembre 2013. (Toshifumi Kitamura/AFP)
Publié le 02/02/2026 à 10h50

Il pourrait s’agir de la première tentative mondiale visant à exploiter des terres rares dans des eaux aussi profondes, selon Tokyo. Le Japon a annoncé ce lundi 2 février avoir extrait des sédiments contenant des terres rares à 6 000 mètres de profondeur, lors d’une mission d’essai en mer. «Les détails seront analysés, notamment la quantité exacte de terres rares contenue» dans l’échantillon, a déclaré Kei Sato, un porte-parole du gouvernement, qui a qualifié la découverte d’«accomplissement significatif, tant en termes de sécurité économique que de développement maritime».

L’échantillon a été extrait par le navire de recherche japonais Chikyu, qui avait mis le cap mi-janvier vers l’île japonaise isolée de Minami Torishima, dans le Pacifique. Situées dans la zone économique exclusive (ZEE) du Japon, les eaux environnantes contiendraient plus de 16 millions de tonnes de terres rares, selon certaines estimations. Un chiffre qui pourrait faire de cet espace le troisième plus grand gisement au monde selon le quotidien économique Nikkei.

Ces riches dépôts contiendraient l’équivalent de 730 ans de la consommation mondiale actuelle de dysprosium, utilisé dans les aimants haute performance des téléphones et des voitures électriques, et 780 ans de celle d’yttrium, composant utilisé dans les lasers, a calculé le Nikkei.

Enjeu environnemental et géopolitique

Les «terres rares» représentent 17 éléments métalliques très difficiles et coûteux à extraire, essentiels pour des pans entiers de l’économie (automobile, énergies renouvelables, numérique, défense…), servant à la fabrication d’aimants puissants, catalyseurs et composants électroniques.

Toutefois, les défenseurs de l’environnement sont unanimes sur les risques de cette exploitation minière, qui menace les écosystèmes et perturbe les fonds marins.

La question de l’extraction des terres rares qui s’est hissée au rang de sujet de tensions géopolitiques depuis que l’inquiétude grandit face à la volonté de Donald Trump d’accélérer cette pratique dans les eaux internationales. A tel point que l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) - qui régit les fonds océaniques situés hors des eaux nationales -, veut faire adopter un code mondial pour encadrer l’exploitation minière dans les eaux profondes.

Mais l’annonce japonaise s’inscrit dans un contexte où la Chine, premier fournisseur mondial de terres rares, accentue sa pression sur Tokyo, après que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a suggéré en novembre que son pays pourrait réagir militairement à une attaque contre Taïwan, île dont Pékin revendique la souveraineté.

«Si le Japon parvenait à extraire en continu des terres rares autour de Minami Torishima, il sécuriserait les chaînes d’approvisionnement nationales pour des secteurs clés», a souligné Takahiro Kamisuna, chercheur associé à l’International Institute for Strategic Studies (IISS). «Ce serait un atout stratégique majeur pour le gouvernement Takaichi afin de réduire significativement la dépendance des approvisionnements vis-à-vis de la Chine», a-t-il ajouté.

La Chine représente près des deux tiers de la production minière de terres rares du monde et 92 % de la production raffinée, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

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