Une proposition tirée par les cheveux. Le président sud-coréen Lee Jae Myung a annoncé mardi 16 décembre lors d’une réunion d’information sur les politiques publiques, envisager d’étendre la couverture de l’assurance maladie publique aux traitements contre la chute des cheveux, rapporte le Guardian. Pour le chef d’état, la calvitie relève moins d’un problème esthétique pour les jeunes que d’une «question de survie».
Cette proposition a suscité de vives réactions de la part des professionnels de la santé et des personnalités conservatrices qui pointent le manque de profondeur des arguments du président. Déjà en 2022, alors que Lee Jae Myung avait proposé cette même mesure en tant que candidat lors de sa campagne présidentielle infructueuse, elle avait été critiquée comme une manœuvre populiste. L’homme l’avait finalement retirée de son programme électoral le plus récent.
Des ressources limitées de l’assurance publique
L’assurance maladie nationale sud-coréenne prend actuellement en charge les traitements contre la chute de cheveux d’origine médicale. Cependant, la plupart des traitements contre la calvitie masculine courante restent exclus de la couverture, car celle-ci ne met pas en danger la vie des personnes qui en souffrent, a expliqué la ministre de la Santé, Jeong Eun-kyeong, lors de la réunion de mardi.
Les critiques apportées à cette proposition pointent le fait que les ressources déjà limitées de l’assurance publique devraient être réservées en priorité aux patients atteints de maladies rares et d’affections graves. Le quotidien britannique rapporte que ce système pourrait en effet accuser un déficit de 4 100 milliards de wons, soit environ 2,3 milliards d’euros. L’influente Association médicale coréenne est claire, «plutôt que d’investir les fonds de l’assurance maladie dans la couverture des traitements contre la chute des cheveux, donner la priorité à la couverture du cancer et d’autres maladies graves serait plus conforme aux principes de l’assurance maladie».
Pression culturelle
La proposition de loi souligne l’importance culturelle considérable accordée à l’apparence physique en Corée du Sud. Selon un sondage réalisé en 2024, 98 % des jeunes adultes interrogés pensent que les personnes attirantes bénéficient d’avantages sociaux. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le marché sud-coréen des traitements contre la chute des cheveux était estimé en 2024 à environ 188 milliards de wons, soit environ 108 millions d’euros. Et les shampoings contre la chute des cheveux sont particulièrement populaires dans le pays, explique le Guardian.
Sur les réseaux sociaux, l’annonce fait débat. L’ancienne députée conservatrice Yoon Hee-sook - dont un proche est atteint d’un cancer - a expliqué sur Facebook comprendre l’angoisse des jeunes face aux premiers signes de calvitie, mais souligne que «le consensus social actuel repose sur la priorité accordée aux traitements directement liés à la vie et aux fonctions corporelles». De son côté, Park Joo min, un député du parti au pouvoir connu pour son engagement dans la lutte contre la perte des cheveux a accueilli la nouvelle avec enthousiasme. «Vraiment coréen !» s’est-il réjoui sur son compte X.




