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Féminisme

#Metoo en Chine : la journaliste Sophia Huang Xueqin, pionnière du mouvement, condamnée à cinq ans de prison

La reporter Sophia Huang Xueqin a été condamnée vendredi 14 juin à cinq ans de prison pour «incitation à la subversion de l’Etat». Une décision qui indigne les militantes féministes et les défenseurs de la liberté de la presse.

La reporter Sophia Huang Xueqin avait révélé avoir été victime de harcèlement sexuel sur son lieu de travail. Des images d’elle, avec une pancarte #MeToo dans les mains, ont fait le tour du monde. (Capture d'écran X @Asiablog_it)
Publié le 14/06/2024 à 17h38

C’est l’une des 118 défenseurs de la liberté de la presse incarcérés dans le pays à ce jour, d’après le décompte de Reporters sans frontières (RSF), pour qui la Chine est «la plus grande prison du monde pour les journalistes». Emprisonnée depuis 2021, Sophia Huang Xueqin, 36 ans, figure du mouvement #MeToo, vient d’être condamnée ce vendredi 14 juin à cinq ans de prison pour «incitation à la subversion de l’Etat», a dénoncé le collectif qui la soutient. La journaliste chinoise va faire appel. Le militant syndical Wang Jianbing a, lui, écopé de trois ans et six mois de prison pour le même motif.

Lorsque la vague #MeToo a commencé à déferler aux Etats-Unis en 2017, suite aux révélations des violences sexuelles commises par le producteur de cinéma Harvey Weinstein, puis en Europe, Sophia Huang Xueqin a tenté elle aussi, en Chine, de libérer la parole sur les réseaux sociaux. Sur l’application chinoise WeChat, elle avait créé un compte public appelé «ATSH» («Anti-Sexual Harassment», en français : «anti-harcèlement sexuel») où elle témoignait de son vécu.

Comme près de 80 % des femmes en Chine – d’après un rapport sur le harcèlement sexuel en Chine publié en 2009 par deux professeurs de l’université de Hong Kong – Sophia Huang Xueqin y a révélé avoir été victime de harcèlement sexuel sur son lieu de travail, dans une agence de presse. Des images d’elle, avec une pancarte #MeToo dans les mains, ont fait le tour du monde.

Torturée pendant sa détention

La jeune femme est arrêtée et emprisonnée en 2019, suite à sa participation en tant que journaliste dans les manifestations pro démocratie à Hong Kong. Puis elle est libérée sous caution après trois mois de détention. En 2021, elle est de nouveau incarcérée et torturée, dénonce Cédric Alviani, le directeur du bureau Asie-Pacifique de RSF.

Durant son procès commencé en 2023, elle est accusée d’avoir «publié des articles et des discours déformés et provocateurs attaquant le gouvernement national sur les réseaux sociaux» et d’avoir «rassemblé des organisateurs à l’étranger pour participer à une formation en ligne sur des actions non-violentes». Interrogé sur cette affaire, Lin Jian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a répondu en assurant que «la Chine est un pays où règne l’Etat de droit, qui garantit les droits légitimes de chaque citoyen conformément à la loi». Mais «toute personne qui enfreint la loi se verra infliger une sanction légale», a-t-il prévenu.

La condamnation de Sophia Huang Xueqin aura «un effet dissuasif supplémentaire sur les droits de l’homme et la défense sociale, dans un pays où les militants sont confrontés à une répression croissante de la part de l’Etat», a réagi Sarah Brooks, directrice du programme Chine d’Amnesty International, citée dans un communiqué de l’ONG.

Les femmes réduites au silence

Les autorités chinoises réduisent au silence toutes les femmes qui ont le courage de raconter les violences dont elles ont été la cible. En 2021, le message de l’ancienne numéro 1 mondiale du tennis Peng Shuai a été rapidement censuré sur l’Internet chinois. Elle y accusait un puissant ex-responsable du Parti communiste de viols. La sportive avait mystérieusement disparu à la suite de cette dénonciation. Interviewée par l’Equipe en 2022, la joueuse évoquait «un malentendu» sur son témoignage, et déclarait arrêter sa carrière professionnelle et vivre une vie normale.

En 2021, les accusations de harcèlement sexuel de la scénariste de la télévision centrale de Chine Zhou Xiaoxuan à l’encontre d’un présentateur vedette de la chaîne, avaient été jugées irrecevables par un tribunal de Pékin. Dans ce pays patriarcal, placé à la 172e position sur 180 par Reporters sans frontières dans son classement sur la liberté de la presse, les autorités répriment de façon croissante, ces dernières années, tous les mouvements issus de la société civile et les défenseurs des droits.

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