«Depuis mon enfance, on m’a appris que les enfants doivent accomplir leur devoir en restant auprès de leurs parents. Soyez en paix. Si je meurs, si j’ai une tombe, qu’un bouquet de pivoines rouges y soit déposé.» Lorsqu’elle envoie ce message, le 18 juin 2019, depuis l’aéroport de Tokyo, Mihriay Erkin a 29 ans et est étudiante-chercheuse au prestigieux institut Nara de science et technologie au Japon. Petite brune à lunettes au sourire timide et au visage enfantin, elle s’apprête à monter dans un vol pour Shanghai, où elle fait escale avant d’aller voir ses parents au Xinjiang. Revenir en Chine est infiniment dangereux pour les Ouïghours expatriés. Mais sa mère l’a appelée pour la supplier de rentrer, et lui a envoyé de l’argent pour acheter le billet d’avion.
A peine arrivée, Mihriay Erkin est privée de son passeport et assignée à résidence au Xinjiang. Arrêtée en février 2020, elle est morte le 20 décembre dans le centre de détention de Yanbulaq, près de Kashgar, dans l’ouest de la Chine. La nouvelle a commencé à filtrer à l’étranger la première semaine de mars. Mais c’est seulement le 20 mai que sa mort a été confirmée grâce aux renseignements obtenus par Radio Free Asia, un site militant américain qui possède une antenne en ouïghour. Libération a retracé l’histoire de Mihriay Erkin, un drame intime qui incarne la politique totalitaire et génocidaire menée par la Chine contre les Ouïghours jusqu’en dehors de ses frontières.
La famille comme appât
Lorsque Mihriay Erkin s’apprête à pr




