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Semi-conducteurs : les Etats-Unis signent un accord majeur avec Taiwan

La production de ces puces va être massivement développée outre-Atlantique en échange d’une baisse des droits de douane de l’administration Trump visant les produits taïwanais, a annoncé jeudi le ministère du Commerce américain.

Au musée de l'innovation de la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) à Hsinchu, le 21 novembre 2024. (I-Hwa Cheng/AFP)
Publié le 16/01/2026 à 11h37

C’est un deal qui a de quoi provoquer la colère de la Chine. Jeudi 15 janvier, les Etats-Unis ont annoncé la conclusion d’un accord majeur avec Taiwan. Le texte prévoit que la production de semi-conducteurs soit développée massivement sur le sol américain. Une mesure qui devrait permettre de réduire la dépendance américaine à Taiwan, obtenue en échange d’une baisse des droits de douane sur les produits exportés du pays insulaire.

«Nous avons besoin de ces semi-conducteurs pour notre sécurité nationale, qu’ils soient fabriqués aux Etats-Unis», a déclaré jeudi sur CNBC le ministre américain au Commerce, Howard Lutnick, en officialisant l’accord après des mois de négociations. «Nous ne pouvons pas nous appuyer sur un pays situé à près de 15 000 km pour nous livrer ces produits qui sont essentiels à notre sécurité nationale», a-t-il ajouté, invoquant le besoin des Etats-Unis d’être «autosuffisants».

L’accord, contre lequel la Chine a rapidement protesté, prévoit des investissements «d’au moins 250 milliards de dollars» aux Etats-Unis par les entreprises taïwanaises de semi-conducteurs, pour y développer la production, entre autres, de puces avancées. Le deal inclut aussi 250 milliards de dollars de garantie de crédit pour «renforcer l’écosystème et la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs aux Etats-Unis», a indiqué le ministère du Commerce dans un communiqué.

«Notre objectif est d’amener 40 % de la chaîne d’approvisionnement taïwanaise en semi-conducteurs ici, aux Etats-Unis», a précisé le ministre Lutnick sur CNBC.

Un «bouclier de silicium»

Selon le texte de l’accord, le gouvernement de Taipei doit pour sa part soutenir les investissements américains dans l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs, l’intelligence artificielle (IA) ou encore les technologies de défense.

L’île fabrique plus de la moitié des puces au niveau mondial, et presque la totalité des plus avancées, utilisées aussi bien dans les smartphones que les centres de données nécessaires à l’IA.

Cette domination est considérée comme un «bouclier de silicium» pour la sécurité de l’île, qui la protégerait d’un blocus ou d’une invasion par la Chine et inciterait les Etats-Unis à la défendre.

Un accord que Pékin a sans surprise fustigé. La Chine a martelé son opposition «systématique et résolue à tout accord ayant des implications en matière de souveraineté ou un caractère officiel, signé entre des pays avec lesquels elle a des relations diplomatiques et la région chinoise de Taiwan», selon un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Guo Jiakun.

Le porte-parole chinois a pressé les Etats-Unis de «respecter scrupuleusement le principe d’une seule Chine». Depuis des années, la Chine revendique Taiwan comme partie intégrante de son territoire.

L’opposition craint que l’accord ne «vide» l’économie de l’île

Côté taïwanais, à l’inverse, on salue cette entente. Le Premier ministre, Cho Jung-tai, a félicité les négociateurs, louant un «coup de maître» et un accord «durement gagné», bien que le texte doive encore être validé par un Parlement contrôlé par l’opposition.

Pour Cheng Li-wun, présidente du parti Kuomintang, parti en faveur de liens plus étroits avec Pékin, les investissements prévus aux Etats-Unis dans le cadre de cet accord risquent fort de «vider» l’économie de l’île. Que nenni, selon le gouvernement. «D’après les prévisions actuelles, Taiwan restera le premier producteur mondial de semi-conducteurs pour l’IA, non seulement pour les entreprises taïwanaises, mais aussi à l’échelle mondiale», a rétorqué le ministre des Affaires économiques, Kung Ming-hsin.

Ces négociations sur le sujet capital des semi-conducteurs ont commencé au mois d’avril, au moment des menaces émises par le président américain d’imposer une taxe douanière de 32 % sur les exportations taïwanaises. Une taxe finalement abaissée à 20 %. Avec ce nouvel accord, ce taux descend à 15 % et s’aligne ainsi sur celui imposé aux produits européens ou japonais, également encadrés par des accords commerciaux signés ces derniers mois.

Les produits taïwanais concernés par des droits de douane sectoriels, comme les pièces automobiles ou le bois de construction, ne seront donc pas taxés à plus de 15 %. Plus encore, les médicaments génériques, leurs principes actifs, les ressources naturelles non disponibles aux Etats-Unis ou les composants aéronautiques ne se verront appliquer aucun droit de douane.

D’après le ministère américain du Commerce, les fabricants taïwanais qui investiront aux Etats-Unis feront l’objet d’un traitement plus favorable en matière de droits de douane. Début 2025, le géant taïwanais des semi-conducteurs TSMC, dont le bénéfice net a bondi de 35 % au quatrième trimestre 2025, avait déjà promis d’investir 100 milliards de dollars supplémentaires aux Etats-Unis.

Toujours selon Washington, l’entreprise taïwanaise a acheté du terrain aux Etats-Unis et pourrait même accroître sa présence en Arizona du fait de l’accord. Dans un communiqué, TSMC s’est réjoui de la signature du texte, saluant «la perspective d’accords commerciaux solides entre les États-Unis et Taïwan».

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