Le 26 novembre, un incendie ravageait un complexe résidentiel de Hongkong, provoquant la mort de 161 personnes. Un mois plus tard, Wang Fuk Court reste marqué par les flammes. Le drame a laissé derrière lui sept tours détruites et une communauté en deuil. Depuis, les témoignages s’accumulent sur ce qui, avant même la catastrophe, inquiétait déjà : des soupçons de corruption visant la société de conseil chargée de surveiller le chantier, l’emploi de matériaux jugés inflammables. Certains habitants assurent avoir alerté, insisté, sans obtenir de réponse. Aujourd’hui, ce sont ces failles qui se sont multipliées à bas bruit avant le drame, qui apparaissent au grand jour, comme le détaille le New York Times.
Une rénovation sur fond de corruption
L’histoire débute en 2016, lorsque les autorités exigent une remise en état des façades des huit tours, construites en 1983 et occupées par environ 2 000 familles. Le remplacement des portes coupe-feu vieillissantes fait partie de la rénovation. Un projet qui s’inscrit dans un programme municipal visant les immeubles de plus de trente ans, mis en place après l’effondrement d’un bâtiment en 2010 qui avait fait quatre morts.
Sur le papier, le dispositif est cadré. Une plateforme en ligne, supervisée par l’Autorité de rénovation urbaine (URA), doit limiter les dérives. Dans la réalité, les résidents racontent le début d’une mécanique qui leur échappe : le choix du consultant chargé de surveiller le chantier et de choisir l’entreprise qui réalisera les travaux, devient rapidement un point de rupture. Une élue locale, Peggy Wong s’apprête à voter par procuration à la place de nombreux propriétaires. Cela n’a rien d’un détail administratif. La commission anticorruption de Hongkong a rappelé que le vote par procuration est fréquemment utilisé pour orienter, voire verrouiller, les décisions des copropriétaires dans les opérations de rénovation. Un signal classique quand la corruption s’invite à la table.
Interview
Détail troublant : le consultant retenu, Will Power Architects Company, facture un peu plus de 68 000 dollars pour l’inspection et le suivi du chantier, une somme qui pèse moins de 1 % du coût final des travaux, très loin des pratiques habituelles à Hongkong. Des responsables politiques, y compris l’ancienne cheffe de l’exécutif Carrie Lam, avertissent alors que des honoraires anormalement bas peuvent signaler un appel d’offres manipulé. Malgré cela, selon les habitants et des comptes rendus de réunions consultés par le New York Times, les représentants de l’URA présents ne contestent pas ce montant. Dans les couloirs de Wang Fuk, le mot «corruption» se met alors à circuler.
Des inspections de chantier contournées
En juillet, des échafaudages en bambou sont installés et entourent les immeubles. On les recouvre de filets verts destinés à retenir les chutes d’objets. En septembre, l’entreprise Prestige Construction and Engineering présente aux copropriétaires des panneaux de mousse destinés à protéger les fenêtres. Après le drame, ces protections ont été qualifiées de hautement inflammables mais les habitants disent avoir tiré la sonnette d’alarme bien avant. L’un d’eux aurait même mis le feu à un morceau de polystyrène utilisé sur le chantier pour démontrer sa facilité à s’embraser.
Reportage
Dans le même temps, un autre soupçon grandit : celui d’un chantier où la facture excessive ne correspond pas à la faible qualité des matériaux utilisés. Ceux-ci paraissent provenir d’une marque moins chère que celle annoncée, avec un écart de prix évalué à près de 2 millions de dollars.
Après le drame, l’agence anticorruption éclaire cette interrogation : à la suite d’un typhon, des filets auraient été remplacés par une matière deux fois moins onéreuse que des filets ignifugés. Pour éviter d’être pointés du doigt lors des inspections, des dispositifs plus conformes auraient été installés uniquement au bas des échafaudages, là où les prélèvements sont les plus faciles, tandis que le reste restait équipé d’un matériau d’une médiocre qualité.
Officiellement, les causes exactes restent décrites comme incertaines. Mais l’enquête a déjà conduit à l’arrestation de 21 personnes liées à des entreprises de construction et de sous-traitance, principalement pour homicide involontaire.




