Les pompiers au bout de leur peine. Les flammes sont «largement éteintes» ce vendredi à 10 h 18 (3 h 18 en France) et «les opérations de lutte contre l’incendie sont terminées», a affirmé cette nuit un porte-parole du gouvernement. Les secours achèvent de maîtriser le pire incendie qu’a connu Hongkong depuis des décennies. Il s’est déclenché mercredi dans un complexe résidentiel de huit immeubles de 31 étages en cours de rénovation, où les échafaudages en bambou et les matériaux synthétiques ont accéléré la propagation des flammes.
Au moins 128 morts ont été dénombrés pour le moment. Et ce bilan, déjà bien alourdi depuis deux jours, risque encore de s’aggraver puisque des dizaines de personnes manquent encore à l’appel. Sept hommes et une femme, âgés de 40 à 63 ans, ont été arrêtés, a fait savoir dans un communiqué la commission de lutte contre la corruption. Deux sont responsables du bureau d’études en charge de la rénovation, deux chefs de travaux, trois sous-traitants en échafaudages et un intermédiaire. Elles sont soupçonnées de corruption dans le marché de rénovation de l’ensemble d’environ 2 000 logements inauguré en 1983 dans le quartier de Tai Po, dans le nord de la ville.
La police avait déjà annoncé avoir arrêté trois hommes, soupçonnés de «grossière négligence», après la découverte de matériaux inflammables abandonnés lors de travaux et qui ont permis au feu de «se propager rapidement», par vent soutenu. Le niveau exact de leur implication dans le départ du feu n’est pas clair.
Jeudi, les impressionnantes flammes de la nuit avaient majoritairement laissé place à des fumées grisâtres. L’incendie géant qui ravageait des gratte-ciel de Hongkong depuis mercredi, le pire depuis près de 80 ans, occupait toujours les pompiers. Ces derniers avaient annoncé qu’ils commençaient toutefois à en voir le bout : sur les sept tours touchées par les flammes, le feu était éteint dans quatre et sous contrôle dans trois.
Les familles des disparus continuent à écumer les hôpitaux avec l’espoir que les leurs ne fassent pas partie des victimes. Le chef de la sécurité Chris Tang a fourni vendredi devant la presse des chiffres amplifiant encore l’étendue du drame : parmi les 128 morts, 89 ne sont toujours identifiés, plus d’une centaine de personnes sont portées disparues et 79 sont blessées.
L’incendie a provoqué une onde de choc dans la ville, dont les immeubles comptent parmi les plus hauts et les plus densément peuplés au monde. Il fait écho au drame de la Grenfell Tower à Londres.
Les circonstances
L’incendie s’est déclaré mercredi peu avant 15 heures (8 heures en France) dans un complexe immobilier nommé Wang Fuk Court, situé dans le district de Tai Po, dans le nord de la ville. Selon les autorités, le feu a rapidement gagné sept des huit tours de 31 étages chacune de ce complexe inauguré en 1983 et comprenant 1 984 logements. Le niveau d’alerte 5, le plus élevé, a été déclenché et les soldats du feu ont tenté toute la nuit de circonscrire le brasier, dont des flammes restaient encore visibles par endroits jeudi matin. En plus des 65 morts, le dirigeant de Hongkong John Lee parlait tôt jeudi matin de 279 personnes manquant toujours à l’appel, mais les secours ont indiqué ultérieurement avoir localisé certains des disparus.
Environ 900 habitants ont été évacués dans des centres temporaires et des dizaines d’autres ont été hospitalisés, certains dans un état critique. Parmi les personnes se trouvant dans l’immeuble durant l’après-midi figuraient un certain nombre de personnes âgées, selon des témoignages. Les interventions des secours ont jusqu’à présent mobilisé plus de 1 200 personnes, plus de 200 engins anti-incendie et environ 100 ambulances, selon un décompte officiel.
Les causes
Selon le gouvernement, l’incendie semble être parti des parties basses des filets de protection d’un chantier à proximité de l’immeuble. Les panneaux de mousse et les échafaudages en bambou ont ensuite favorisé sa propagation jusqu’au bâtiment incendié. Le chef des pompiers de Hong Kong, Andy Yeung, a rapporté, après un échange avec une équipe de spécialistes dépêchée dans les bâtiments, «que les systèmes d’alarme dans les huit bâtiments ne fonctionnaient pas correctement».
L’enquête pour déterminer les causes du plus grave incendie à Hongkong depuis 1948 se poursuit et pourrait prendre trois ou quatre semaines, a affirmé vendredi lors d’un point de presse le chef de la sécurité.
Les autorités de Hongkong ont aussi lancé une enquête anticorruption sur les travaux de rénovation de l’ensemble de tours qui ont pris feu. «Vu le retentissement immense dans l’opinion, un groupe de travail a été mis place pour lancer une enquête approfondie sur de possibles faits de corruption dans le grand projet de rénovation de [l’ensemble résidentiel] Wang Fuk Court à Tai Po», a déclaré la Commission indépendante contre la corruption de Hongkong dans un communiqué.
Les façades des tours étaient recouvertes d’échafaudages en bambou – comme il est de tradition à Hongkong – et enveloppés de filets et de bâches en plastique. La police a dit soupçonner que plusieurs de ces matériaux ne répondaient pas aux normes de sécurité incendie.
Des vents d’environ 14 km/h ont été enregistrés dans la région au moment où l’incendie s’est déclaré mercredi soir, attisant celui-ci et facilitant sa propagation d’un bâtiment à l’autre.
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Hongkong se trouve depuis lundi en alerte rouge incendies, le niveau le plus élevé, en raison du vent et d’un taux d’humidité relative de 16 %, le plus faible enregistré depuis le début des mesures en 1984.
Hongkong, région administrative spéciale de Chine de 7,5 millions d’habitants, est l’un des endroits les plus densément peuplés au monde, ce qui amplifie les risques de catastrophes urbaines.
La densité moyenne de la population y est de plus de 7 100 habitants au kilomètre carré, mais en réalité, la densité dans les zones urbanisées est jusqu’à trois fois supérieure, un record mondial, de vastes zones du territoire étant escarpées et non constructibles.
Mise à jour le 28 novembre à 7 h 55 avec l’annonce de la maîtrise du feu, à 8 h 05 avec le dernier bilan, à 9 h 31 avec les déclarations sur le système d’alarme puis à 14 h 26 avec les huit arrestations.




