Menu
Libération
Captivité

Boualem Sansal gracié : qui sont les Français encore détenus arbitrairement à travers le monde ?

Après la grâce de l’écrivain franco-algérien ce mercredi 12 novembre ainsi que la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris une semaine plus tôt, il resterait au moins quatre Français encore détenus illégalement à travers le monde.

Boualem Sansal à Nice, le 1er juin 2024. (Eric Dervaux /Hans Lucas via AFP)
Publié le 06/11/2025 à 8h15, mis à jour le 12/11/2025 à 15h14

Après un an derrière des barreaux algérien, Boualem Sansal a été gracié par l’Algérie ce mercredi 12 novembre. Le romancier et essayiste franco-algérien de 80 ans, atteint d’un cancer de la prostate, avait été arrêté le 16 novembre 2024, finalement condamné en appel en juillet à cinq ans de réclusion pour «atteinte à l’unité nationale». Mais Alger a accepté la demande de Berlin, c’est-à-dire une grâce et la possibilité de bénéficier de soins médicaux en Allemagne.

Une semaine plus tôt, deux autres Français détenus arbitrairement à l’étranger ont quitté leurs geôles : Cécile Kohler et Jacques Paris. Ils sont sortis après 1 277 jours passés dans la prison d’Evin, à Téhéran. Ils avaient été condamnés à la mi-octobre à vingt et dix-sept ans de prison notamment pour espionnage au profit des services de renseignement français et israélien.

Après ces libérations, il resterait encore aujourd’hui au moins quatre Français seraient toujours détenus illégalement à travers le monde.

Au Venezuela, Camilo Castro, victime française de la diplomatie des otages de Maduro

Camilo Castro, un Français de 41 ans, professeur de yoga à Toulouse, est retenu dans les geôles de Caracas, au Venezuela, depuis le 26 juin 2025. Il avait été arrêté sans motif alors qu’il tentait de renouveler son visa de séjour colombien arrivé à échéance en se rendant au poste-frontière de Paraguachón, séparant le Venezuela de la Colombie. Selon nos informations en août, Camilo Castro était détenu à la prison d’El Rodeo 1, dans une section dédiée aux étrangers. Il n’a eu droit à aucun procès, ni même au droit de consulter un avocat. Il est accusé de «terrorisme».

Hélène Boursier, sa mère, et Yves Gilbert, son beau-père, remuent depuis ciel et terre depuis Toulouse pour obtenir sa libération. «Je suis une mère en colère, révoltée, de voir la vie de mon fils menacée par des enjeux qui ne le concernent pas, sans que jamais le Quai d’Orsay ne puisse nous faire savoir quoi que ce soit, tout en nous disant qu’il agit», interpellait en septembre la mère de Camilo Castro, lors d’une manifestation de soutien organisée dans sa ville d’origine.

Laurent Vinatier, détenu en Russie depuis 2024

Arrêté en juin 2024 dans un restaurant de Moscou par des hommes cagoulés, l’expert reconnu de l’espace post-soviétique, conseiller d’une ONG suisse qui fait de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels – notamment s’agissant de l’Ukraine – est emprisonné en Russie depuis maintenant près de seize mois.

D’abord condamné à trois ans de prison en octobre 2024 pour ne pas s’être enregistré en tant qu’«agent de l’étranger», un label utilisé par les autorités russes pour réprimer leurs détracteurs, le chercheur est désormais accusé d’espionnage. Des accusations passibles jusqu’à vingt ans de prison. «Connaissant le gouvernement russe, on n’a pas été étonnés qu’ils le poursuivent à nouveau, qu’ils trouvent encore des choses à lui reprocher», déplore la mère du chercheur français, Brigitte Vinatier. Son procès doit avoir lieu en novembre.

Selon des sources interrogées par l’AFP, le Français travaillait depuis des années sur le conflit entre la Russie et l’Ukraine, avant même l’offensive russe de février 2022, dans le cadre de discrets efforts diplomatiques en parallèle à ceux des Etats. Jusqu’à son arrestation, il effectuait des voyages dans les deux pays.

D‘après Brigitte Vinatier, son fils a été transféré récemment à la prison moscovite de Lefortovo, notamment connue pour accueillir des détenus visés par des affaires à résonance politique. Paris a exigé de Moscou la libération de son ressortissant, accusant la Russie de chercher à prendre des Occidentaux en otage, alors que les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis l’assaut russe contre l’Ukraine lancé en 2022 et les sanctions qui ont suivi.

Martin Ryan, emprisonné en Azerbaïdjan

Martin Ryan, un homme d’affaires français spécialisé dans l’importation et la distribution de produits alimentaires, est incarcéré depuis début décembre 2023 en Azerbaïdjan. Il est accusé d’avoir commis «des actes d’espionnage». Il avait initialement été placé en détention pour une durée de quatre mois, selon la diplomatie azerbaïdjanaise. Une détention qui dure maintenant depuis près de deux ans.

L’affaire avait d’abord fuité dans des médias en ligne, notamment azerbaïdjanais, mais sans confirmation officielle. Puis quelques semaines plus tard, en janvier 2024, dans un contexte de vives tensions entre les deux pays, Paris avait à son tour réagi en exigeant la libération immédiate de son ressortissant «sans délai», qui serait retenu de manière «arbitraire». Fin de non-recevoir en provenance de Bakou : le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères avait, lui, fustigé une «ingérence dans les affaires internes» du pays.

Avec d’autres Français établis dans le pays, l’entrepreneur avait pourtant toujours affiché ses positions pro-Azerbaïdjan. Il avait notamment plaidé dans une lettre ouverte publiée en 2021 pour «la normalisation des relations franco-azerbaïdjanaises» mises à mal «par des déclarations extrêmement maladroites et partiales» de la diplomatie française, jugée pro-arménienne.

Lors de la première audience du ressortissant français devant un tribunal de la capitale azerbaïdjanaise, en janvier 2025, Martin Ryan a été accusé d’avoir été recruté par des membres de la DGSE française travaillant à l’ambassade de France à Bakou, employés qui ont ensuite été expulsés du pays. Martin Ryan aurait par ailleurs, selon l’accusation, reçu notamment l’ordre d’obtenir des informations sur la déclaration de Choucha de juin 2021, un document renforçant l’alliance entre l’Azerbaïdjan et son principal soutien, la Turquie. Les autorités françaises ont rejeté catégoriquement, et à plusieurs reprises, ces allégations. L’entrepreneur risque jusqu’à quinze ans d’emprisonnement.

Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie

Le journaliste sportif français Christophe Gleizes, 36 ans, a été condamné le 29 juin en première instance à sept ans de prison ferme en Algérie notamment pour «apologie du terrorisme» et «possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national». La justice reproche à ce collaborateur des magazines So Foot et Society d’avoir été en contact avec un dirigeant du club de football de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), par ailleurs responsable du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste par les autorités algériennes depuis mai 2021.

Ses parents, qui ont pu lui rendre visite à deux reprises au parloir de la prison de Tizi Ouzou en août, ont assuré que le fils gardait le moral, mais «se sentait coupé du monde». Christophe Gleizes «n’a rien à faire en prison et nous comptons sur la cour d’appel pour le reconnaître : Christophe n’est coupable que d’avoir exercé son métier de journaliste sportif et d’aimer le football algérien», a plaidé le directeur général de Reporters sans frontières, Thibaut Bruttin, dans un communiqué appelant à sa libération. Son procès en appel a été fixé au 3 décembre.

Ces condamnations sont intervenues alors qu’Alger et Paris sont empêtrés depuis plus d’un an dans une crise diplomatique aiguë avec des expulsions de diplomates de part et d’autre suivant la reconnaissance par la France d’un plan d’autonomie «sous souveraineté marocaine» pour le Sahara-Occidental.

Mise à jour le 12 novembre 2025 avec la grâce de Boualem Sansal

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique