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Droits humains

Dans une tribune publiée dans plusieurs médias, des chercheurs dénoncent les politiques migratoires européenne et tunisienne

Plusieurs centaines de personnes ont cosigné mardi 15 août une tribune déplorant l’accord signé entre Bruxelles et Tunis mi-juillet malgré l’escalade raciste du président tunisien.

Des migrants originaires de pays d'Afrique subsaharienne, qui affirment avoir été abandonnés dans le désert par les autorités tunisiennes sans eau ni abri, sont assis dans une zone inhabitée près de la ville frontalière d'Al-Assah, en Libye, le 16 juillet 2023. (Mahmud Turkia/AFP)
Publié le 16/08/2023 à 9h41

Ils sont 379 chercheurs et membres de la société civile, originaires entre autres de France, Tunisie, Libye, Italie, Allemagne, d’Algérie, du Niger, des Etats-Unis ou encore du Canada. Dans une tribune publiée mardi 15 août dans des médias tunisien, français et italien, tous dénoncent les «politiques européennes et tunisiennes anti-migrant·es et anti-noir·es» et prennent collectivement position contre le «Mémorandum d’entente sur un partenariat stratégique et global entre l’Union Européenne (UE) et la Tunisie», signé le 16 juillet 2023, et contre «les politiques d’externalisation des frontières de l’UE».

Cette tribune, signée par des chercheurs, universitaires, des juristes et des membres d’ONG, est publiée par le journal italien Il Manifesto et les sites d’information français Mediapart et tunisien Nawaat. «La Tunisie affiche désormais une volonté propre de maintenir un système d’exclusion et d’exploitation des ressortissant.e.s de pays d’Afrique subsaharienne», déplorent les signataires. La situation est extrêmement difficile pour les migrants en Tunisie depuis que le président Kais Saied, qui s’est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021, a dénoncé le 21 février l’immigration clandestine, évoquant des «hordes de migrants subsahariens» venus, selon lui, «changer la composition démographique» du pays. Un discours de plus en plus ouvertement xénophobe s’est ainsi répandu dans le pays.

Des centaines de migrants abandonnés en plein désert

A la suite d’affrontements ayant coûté la vie à un Tunisien le 3 juillet, des centaines de migrants africains ont été chassées de Sfax, deuxième ville de Tunisie, conduits par les autorités, selon des ONG, près de la Libye et l’Algérie, en plein désert. Sans eau, ni nourriture, ni abris par des températures dépassant les 40 degrés, plusieurs sont morts, assure Human Rights Watch.

«Au lieu de dénoncer cette escalade raciste, […] les responsables européens instrumentalisent l’immigration dite irrégulière en la présentant comme un «fléau commun», regrettent les signataires. «De manière opportuniste et irresponsable, l’UE consolide le discours présidentiel et alimente la phobie anti-migrant·e·s et anti-noir·e·s, tout en véhiculant l’idée que l’UE aide la Tunisie à protéger ses frontières, et non les frontières européennes.»

La tribune fustige un «Mémorandum signé de façon non transparente, sans consultation des parlementaires, des syndicats ou de la société civile» qui «n’inclut ni de garanties précises quant au respect des droits fondamentaux, ni de mesures de suivi sur l’utilisation des dons alloués aux forces de sécurité tunisiennes». Les signataires appellent enfin à établir «une écoute et un dialogue constructif avec les populations tunisiennes et non-tunisiennes directement concernées, les diverses associations qui les représentent, les acteur·trice·s sociaux, et la communauté scientifique». «Ces dialogues devraient faire émerger une réflexion collective sur les solutions politiques face à l’actuel régime meurtrier des frontières, en abordant les migrations comme un droit et une richesse pour tou·te·s», concluent-ils.

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