Libération
Yasmina se protège des émanations chimiques avec son voile, dans le quartier de Chatt Essalem, près du complexe du Groupe chimique tunisien. Dans les hôpitaux, il n’y a pas assez d’oxygène pour tout le monde, alors que les difficultés respiratoires se multiplient.Fiora Garenzi
Hani et Aziz, deux militants du mouvement Stop pollution constatent les dégâts sur la faune et la flore au plus proche du Groupe chimique tunisien. Depuis des années, le gouvernement promet de mettre en place des mesures pour limiter les émissions de gaz toxiques, mais rien n’est fait. Le phosphate est une production très lucrative pour la Tunisie, et le président prévoit même de multiplier par plus de quatre les productions dans les cinq prochaines années.Fiora Garenzi
Sur la plage longeant le quartier de Chatt Essalem, le plus proche de l’usine chimique, on retrouve des oiseaux morts sur le sable, empoisonnés par les produits chimiques évacués dans la mer. Le jugement des unités polluantes du GCT au tribunal de première instance a déjà été reporté à plusieurs reprises. Même les militants ne savent plus quoi faire et craignent de ne jamais être entendus. Pourtant, le dossier est lourd : il compte notamment 300 certificats médicaux et de nombreuses preuves du non-respect des normes environnementales.Fiora Garenzi
Il y a quelques jours, Bachir a été opéré d’un kyste inquiétant au niveau de son cou. Il a 18 ans et a grandi dans le quartier de Chatt Essalem, sa maison se situe tout près de l’usine chimique. Fiora Garenzi
Plusieurs types d’eaux usées et de produits chimiques sont déversés par le Groupe chimique tunisien dans la mer. Aux abords de la plage de Ghannouch, différents courants de liquides évacués par les usines se mélangent. Selon l’endroit, l’eau de mer est brunâtre, noirâtre ou d’un bleu azur opaque. Un des rejets principaux est le phosphogypse, déchet industriel produit lors du traitement des minerais utilisés pour la fabrication d’engrais.Fiora Garenzi
Un groupe de jeunes du quartier de Chatt Essalem regarde des vidéos des dernières manifestations contre la pollution chimique qui ont eu lieu à Tunis. En octobre, plusieurs élans de contestation ont eu lieu dans la ville de Gabès, se transformant en manifestations massives à Tunis.Fiora Garenzi
Dans les différents quartiers entourant le complexe chimique, les fruits pourrissent sur les arbres et ne peuvent pas être cueillis. Ici, une grenade. 

Fiora Garenzi
Vue du toit d’une habitation dans le quartier de Chatt Essalem. Plusieurs maisons proches de l’usine ont été abandonnées par les habitants. En arrière-plan, des tas de minéraux et sables utilisés par les usines. Sur la route, des traces noires : lors d’une manifestation d’octobre pour la fermeture du complexe chimique un bus avait été brûlé.Fiora Garenzi
Loujain et sa mère Rabeb. L’adolescente de 15 ans est asthmatique. Dans son collège, plusieurs fuites de gaz venues des usines ont mené à des cas d’asphyxie. Loujain a peur de retourner en cours, comme beaucoup de ses amis. Rabeb raconte que les médecins ne voulaient pas soigner sa fille à l’hôpital public, elle a dû l’emmener dans une clinique privée. Des médecins reconnaissent le manque d’oxygène dans le sang de certains patients grâce à des analyses, mais aucun ne veut prendre le risque de s’exprimer publiquement. Rabeb aimerait emmener sa fille ailleurs, loin des usines, mais n’a pas assez d’économies pour pouvoir tout reconstruire ailleurs.Fiora Garenzi
Sur la fenêtre de la chambre d’Ilef, 20 ans, une radio est traversée par la lumière venant de l’extérieur. En rentrant d’un de ses premiers séjours à l’hôpital à cause de difficultés respiratoires, elle l’avait collée là. Elle lui rappelle qu’il faut se battre pour sa ville, pour son futur et pour celui des gens qui l’entourent, pour ne pas subir.Fiora Garenzi
Le golfe de Gabès était autrefois un endroit de prédilection pour les tortues de mer qui venaient pondre leurs œufs sur la plage faisant face au quartier de Chatt Essalem, juste à côté de l’usine chimique. Aujourd’hui, elle sont empoisonnées par les produits toxiques déversés dans le golfe. Elles viennent s’échouer et agoniser sur le rivage.Fiora Garenzi
Ahmed essuie la sueur sur son visage. Il travaille la terre d’un des champs de la ville. Celle-ci est rugueuse, presque plus rien ne pousse. Les émanations toxiques rendent les sols infertiles, et il n’y a plus assez d’eau. Elle est pompée par les usines et n’arrive plus jusqu’aux cultures agricoles.Fiora Garenzi
Des habitations de Chatt Essalem au bord de la plage. Islem, qui habite dans l’une de ces maisons, raconte que l’état de la côte est bien trop désolant. En novembre, il a marché plusieurs fois jusqu’à la mer, il voulait photographier un des cadavres de tortues qui s’était échoué, juste en face de chez lui, pour «garder une trace de ce qu’il se passe». Le lendemain il est revenu avec une pelle et l’a enterrée.Fiora Garenzi
Un tag «Je veux vivre», sur les murs du quartier de Chatt Essalem. Il s’agit notamment d’un des slogans du mouvement Stop pollution, qui milite pour la fermeture du complexe chimique.Fiora Garenzi
En novembre, Basit a été tabassé pendant presque cinq jours dans un commissariat de la ville, il en est sorti le visage tuméfié et les yeux ensanglantés. Il était soupçonné d’avoir tagué des messages anti-pollution sur les murs de Gabès.Fiora Garenzi
Les dattes, autrefois consommées et vendues par les habitants du quartiers ne murissent plus. Les branches des dattiers se cassent et les fruits pourrissent sur le sol. Les feuilles servaient à faire des paniers et autres objets faits mains par les femmes du quartier. A présent, les arbres ne produisent plus rien.Fiora Garenzi
Zina montre son œil. A cause de la qualité de l’air elle a récemment dû être opérée, elle voyait de moins en moins bien. A Gabès, de nombreux habitants ont des problèmes aux yeux à cause des particules qui dessèchent et attaquent les nerfs de la rétine.Fiora Garenzi
Des hommes jouent aux cartes dans une des rues de Chatt Essalem, à l’entrée du jardin de l’un d’entre eux. Ils évoquent leurs terres laissées à l’abandon car plus rien ne poussait. L’un d’eux rappelle que ce sont les «gens au mode de vie simple qui font les frais de cette pollution».Fiora Garenzi
Dans l'œil de Libé

EN IMAGES - En Tunisie, l’air vicié de Gabès

Dans la ville autrefois luxuriante de l’est du pays, les difficultés respiratoires se multiplient. Sur la plage, les oiseaux gisent sur le sable, les tortues de mer s’échouent. En cause, les fumées épaisses qui s’échappent des usines du Groupe chimique tunisien.
ParTess Raimbeau
photos Fiora Garenzi
publié le 27 janvier 2026 à 11h34
Yasmina se protège des émanations chimiques avec son voile, dans le quartier de Chatt Essalem, près du complexe du Groupe chimique tunisien. Dans les hôpitaux, il n’y a pas assez d’oxygène pour tout le monde, alors que les difficultés respiratoires se multiplient.
Fiora Garenzi
Hani et Aziz, deux militants du mouvement Stop pollution constatent les dégâts sur la faune et la flore au plus proche du Groupe chimique tunisien. Depuis des années, le gouvernement promet de mettre en place des mesures pour limiter les émissions de gaz toxiques, mais rien n’est fait. Le phosphate est une production très lucrative pour la Tunisie, et le président prévoit même de multiplier par plus de quatre les productions dans les cinq prochaines années.
Fiora Garenzi
Sur la plage longeant le quartier de Chatt Essalem, le plus proche de l’usine chimique, on retrouve des oiseaux morts sur le sable, empoisonnés par les produits chimiques évacués dans la mer. Le jugement des unités polluantes du GCT au tribunal de première instance a déjà été reporté à plusieurs reprises. Même les militants ne savent plus quoi faire et craignent de ne jamais être entendus. Pourtant, le dossier est lourd : il compte notamment 300 certificats médicaux et de nombreuses preuves du non-respect des normes environnementales.
Fiora Garenzi
Il y a quelques jours, Bachir a été opéré d’un kyste inquiétant au niveau de son cou. Il a 18 ans et a grandi dans le quartier de Chatt Essalem, sa maison se situe tout près de l’usine chimique.
Fiora Garenzi
Plusieurs types d’eaux usées et de produits chimiques sont déversés par le Groupe chimique tunisien dans la mer. Aux abords de la plage de Ghannouch, différents courants de liquides évacués par les usines se mélangent. Selon l’endroit, l’eau de mer est brunâtre, noirâtre ou d’un bleu azur opaque. Un des rejets principaux est le phosphogypse, déchet industriel produit lors du traitement des minerais utilisés pour la fabrication d’engrais.
Fiora Garenzi
Un groupe de jeunes du quartier de Chatt Essalem regarde des vidéos des dernières manifestations contre la pollution chimique qui ont eu lieu à Tunis. En octobre, plusieurs élans de contestation ont eu lieu dans la ville de Gabès, se transformant en manifestations massives à Tunis.
Fiora Garenzi
Dans les différents quartiers entourant le complexe chimique, les fruits pourrissent sur les arbres et ne peuvent pas être cueillis. Ici, une grenade.
Fiora Garenzi
Vue du toit d’une habitation dans le quartier de Chatt Essalem. Plusieurs maisons proches de l’usine ont été abandonnées par les habitants. En arrière-plan, des tas de minéraux et sables utilisés par les usines. Sur la route, des traces noires : lors d’une manifestation d’octobre pour la fermeture du complexe chimique un bus avait été brûlé.
Fiora Garenzi
Loujain et sa mère Rabeb. L’adolescente de 15 ans est asthmatique. Dans son collège, plusieurs fuites de gaz venues des usines ont mené à des cas d’asphyxie. Loujain a peur de retourner en cours, comme beaucoup de ses amis. Rabeb raconte que les médecins ne voulaient pas soigner sa fille à l’hôpital public, elle a dû l’emmener dans une clinique privée. Des médecins reconnaissent le manque d’oxygène dans le sang de certains patients grâce à des analyses, mais aucun ne veut prendre le risque de s’exprimer publiquement. Rabeb aimerait emmener sa fille ailleurs, loin des usines, mais n’a pas assez d’économies pour pouvoir tout reconstruire ailleurs.
Fiora Garenzi
Sur la fenêtre de la chambre d’Ilef, 20 ans, une radio est traversée par la lumière venant de l’extérieur. En rentrant d’un de ses premiers séjours à l’hôpital à cause de difficultés respiratoires, elle l’avait collée là. Elle lui rappelle qu’il faut se battre pour sa ville, pour son futur et pour celui des gens qui l’entourent, pour ne pas subir.
Fiora Garenzi
Le golfe de Gabès était autrefois un endroit de prédilection pour les tortues de mer qui venaient pondre leurs œufs sur la plage faisant face au quartier de Chatt Essalem, juste à côté de l’usine chimique. Aujourd’hui, elle sont empoisonnées par les produits toxiques déversés dans le golfe. Elles viennent s’échouer et agoniser sur le rivage.
Fiora Garenzi
Ahmed essuie la sueur sur son visage. Il travaille la terre d’un des champs de la ville. Celle-ci est rugueuse, presque plus rien ne pousse. Les émanations toxiques rendent les sols infertiles, et il n’y a plus assez d’eau. Elle est pompée par les usines et n’arrive plus jusqu’aux cultures agricoles.
Fiora Garenzi
Des habitations de Chatt Essalem au bord de la plage. Islem, qui habite dans l’une de ces maisons, raconte que l’état de la côte est bien trop désolant. En novembre, il a marché plusieurs fois jusqu’à la mer, il voulait photographier un des cadavres de tortues qui s’était échoué, juste en face de chez lui, pour «garder une trace de ce qu’il se passe». Le lendemain il est revenu avec une pelle et l’a enterrée.
Fiora Garenzi
Un tag «Je veux vivre», sur les murs du quartier de Chatt Essalem. Il s’agit notamment d’un des slogans du mouvement Stop pollution, qui milite pour la fermeture du complexe chimique.
Fiora Garenzi
En novembre, Basit a été tabassé pendant presque cinq jours dans un commissariat de la ville, il en est sorti le visage tuméfié et les yeux ensanglantés. Il était soupçonné d’avoir tagué des messages anti-pollution sur les murs de Gabès.
Fiora Garenzi
Les dattes, autrefois consommées et vendues par les habitants du quartiers ne murissent plus. Les branches des dattiers se cassent et les fruits pourrissent sur le sol. Les feuilles servaient à faire des paniers et autres objets faits mains par les femmes du quartier. A présent, les arbres ne produisent plus rien.
Fiora Garenzi
Zina montre son œil. A cause de la qualité de l’air elle a récemment dû être opérée, elle voyait de moins en moins bien. A Gabès, de nombreux habitants ont des problèmes aux yeux à cause des particules qui dessèchent et attaquent les nerfs de la rétine.
Fiora Garenzi
Des hommes jouent aux cartes dans une des rues de Chatt Essalem, à l’entrée du jardin de l’un d’entre eux. Ils évoquent leurs terres laissées à l’abandon car plus rien ne poussait. L’un d’eux rappelle que ce sont les «gens au mode de vie simple qui font les frais de cette pollution».
Fiora Garenzi