Les artistes sont d’espiègles créatures. Quand ils ne dissimulent pas leur propre minois dans leurs toiles — Rembrandt est maître en la matière —, leurs contemporains y passent et deviennent des muses plus ou moins remarquées. Lorsqu’il s’agit de la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, dont une fresque romaine fraîchement restaurée copie le visage, l’imitation ne passe pas inaperçue. Sur ordre des autorités religieuses, l’artiste a été contraint de revenir sur son travail, effaçant toute référence à la femme politique, selon le quotidien italien La Repubblica.
«Je l’ai recouverte parce que le Vatican me l’a demandé», a avoué le restaurateur, Bruno Valentinetti, dans un article paru dans le journal italien ce mercredi 4 février. Il a fini par reconnaître qu’il s’agissait «bien [du] visage de la Première ministre, mais dans la lignée du tableau précédent».
Début décembre, une nouvelle version de la fresque qui habille les murs de la basilique San Lorenzo in Lucina, l’une des plus anciennes églises de Rome, est dévoilée. Elle entoure un buste du dernier roi d’Italie, Umberto II de Savoie, de deux figures ailées. L’une, d’entre elles porte un parchemin où est dessinée une carte de la botte italienne et a les traits de la leader de Fratelli d’Italia.
A lire aussi
Pour se faire une idée de l’évolution de la toile, l’hebdomadaire italien d’art Finestre sull’Arte publie une image qui compare la version antérieure et actuelle de la toile. Ce travail de maître ne fera parler de lui que deux mois plus tard, lorsque la troublante ressemblance entre un ange et Giorgia Meloni est révélée. Très vite, il devient une affaire d’Etat et le ministre de la Culture, Alessandro Giuli, est sollicité pour percer les mystères de cette restauration. Le ministère a annoncé, le 31 janvier, avoir mandaté la surintendante spéciale de Rome à ce sujet.
Le clin d’œil pictural n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’Ecole d’Athènes, de Raphaël, dans laquelle le maître déguise de Vinci en Platon ou Michel-Ange en Héraclite. Mais n’est pas Raphaël qui veut. Blasphème ou coup de génie? Bruno Valentinetti, 83 ans, a dû effacer le nouveau visage de l’ange, en se pliant à «ce que voulait la Curie». Une décision prise lors de la rencontre entre le vicaire de la basilique, Daniele Micheletti, et le cardinal Baldo Reina. Ce dernier avait martelé, dans un communiqué cité par la Repubblica, que «les images d’art sacré et de tradition chrétienne ne peuvent faire l’objet d’utilisations abusives ou d’instrumentalisations, étant exclusivement destinées à soutenir la vie liturgique». Les autorités religieuses craignaient notamment le déferlement de touristes intrigués ou de fans de l’ultraconservatrice.
«Je ne ressemble vraiment pas à un ange»
Jusqu’alors, Bruno Valentinetti, également gardien de l’édifice religieux, avait nié toute ressemblance avec la présidente du conseil et joué la carte du «chacun y voit ce qu’il veut voir». Mais toujours selon La Repubblica, le peintre est revenu une première fois sur ses propos à la radio lundi 2 février, déclarant au sujet de sa création : «J’étais possédé. Je dormais et Meloni m’est apparue en rêve, vêtue de blanc. Elle ressemblait à la Vierge de Fatima ! Elle me disait : “Bruno, peins l’ange à mon image ; donne-lui mon visage.”. Des aveux réitérés plus sérieusement dans un article paru ce mercredi dans le quotidien italien.
La principale concernée s’est, quant à elle, amusée de cette ressemblance en affirmant, dans une publication Instagram : «Non, je ne ressemble vraiment pas à un ange», accompagné d’un smiley hilare.




