Menu
Libération
Commerce

Accord avec le Mercosur : premier vote du Parlement européen, traversé par des fractures nationales

Les eurodéputés vont devoir se prononcer, ce mercredi 21 janvier, sur la saisine ou non de la Cour de justice de l’Union européenne sur la validité du traité. Le vote s’annonce très serré, les partis sont eux-mêmes divisés.

Au Parlement européen de Strasbourg, mardi 20 janvier. (Yves Herman/REUTERS)
Publié le 21/01/2026 à 9h13

C’est un vote sous haute tension, et très serré, qui s’annonce au Parlement européen ce mercredi 21 janvier. Les eurodéputés vont devoir se prononcer en milieu de journée sur l’accord commercial entre les Vingt-Sept et les pays sud-américains du Mercosur. Ils doivent décider de saisir ou non la Cour de justice de l’Union européenne sur la validité du texte, signé samedi au Paraguay.

Ce mercredi, les parlementaires vont en majorité se prononcer sur des lignes nationales plutôt que partisanes. Autrement dit, les fractures ne se situent pas au niveau de l’orientation politique des élus mais bien des stratégies et intérêts de chaque pays.

Les opposants à la saisine soulignent la nécessité de mettre en œuvre l’accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l’Europe. Au contraire, les partisans d’un recours devant la Cour européenne espèrent retarder la ratification de l’accord et donc sa mise en œuvre.

Fait rare dans l’hémicycle du Parlement européen : les 81 députés français, de l’extrême gauche à l’extrême droite, devraient tous voter en faveur de cette saisine. Ils ont été soutenus mardi par des milliers d’agriculteurs venus en masse à Strasbourg dire leur hostilité à cet accord. Nombre d’entre eux avaient prévu de rester ce mercredi.

Concrètement, ce traité, devenu sujet très sensible, crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde entre l’UE, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs. Il doit permettre à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, sucre, riz, miel et soja sud-américains. Pour ses détracteurs, le texte va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.

Vote crucial

Les eurodéputés ne se prononceront sur l’ensemble de l’accord avec le Mercosur que dans les prochains mois. Mais le vote de mercredi est jugé crucial, tant du côté des adversaires que des défenseurs de cet accord, négocié depuis vingt-cinq ans.

«Nous sommes en train de travailler, voix par voix, élu par élu, député par député à faire cette majorité dont nous avons besoin pour stopper [l’accord avec] le Mercosur lors du vote de [mercredi]», a déclaré l’élu français François-Xavier Bellamy, membre des Républicains et du PPE (droite), principal groupe politique au Parlement européen. «Selon nos derniers comptages, on pourrait gagner ce vote à huit voix près», a assuré sa compatriote Céline Imart, elle aussi membre du PPE.

Dans l’autre camp, on fourbit aussi ses armes, y compris quand on est du même bord politique. Le patron du PPE, l’eurodéputé allemand Manfred Weber, est par exemple un ardent défenseur du traité. Au point de le qualifier, devant la presse, «d’accord anti-Trump». Comme d’autres, il espère que les menaces du président américain convaincront les hésitants de l’urgence de trouver de nouveaux partenaires commerciaux.

Prudence même en cas de vote favorable

Ces lignes de fracture nationales ne traversent pas seulement le PPE. Le groupe ECR (extrême droite) a donné pleine liberté de vote à ses membres, divisés entre les Polonais du Pis, partisans de la saisine, et les Italiens de Fratelli d’Italia qui y sont hostiles.

Les opposants à l’accord avec le Mercosur resteront prudents même si la saisine de la Cour de justice de l’UE est votée. Celle-ci mettrait certes de longs mois avant de se décider, mais dans l’intervalle la Commission européenne pourrait passer outre. Car, en cas de délais trop longs pour le ratifier, les traités européens permettent une application provisoire de l’accord. La «vraie bataille» sera là, avertit l’eurodéputé français David Cormand du groupe des Verts.

Si en revanche la saisine est rejetée, selon Pascal Canfin, du groupe Renew (centre-droit) «on peut imaginer que l’accord avec le Mercosur passera».

Dans la même rubrique