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Accusations russes d’attaque ukrainienne contre une résidence de Vladimir Poutine : ce que l’on sait

Moscou accuse Kyiv d’avoir lancé des dizaines de drones contre une demeure privée du président russe dans la région de Novgorod, dans la nuit de dimanche à lundi. L’Ukraine a aussitôt démenti, mais l’affaire menace de perturber les négociations de paix.

Images satellites de la résidence de Vladimir Poutine dans la région de Novgorod, en Russie, 31 août 2023. (2025 Planet Labs PBC/REUTERS)
Publié le 30/12/2025 à 17h26

Une vraie fausse attaque de drones qui menace les négociations sur la paix en Ukraine. Ce lundi 29 décembre, au lendemain d’une nouvelle rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky – infructueuse, mais au terme de laquelle l’Américain avait affiché un optimisme résolu –, la Russie a accusé Kyiv d’avoir lancé des dizaines de drones contre une résidence privée de Vladimir Poutine. L’Ukraine a aussitôt démenti. Explications.

Quelles sont les accusations portées par Moscou ?

En fin de journée, lundi, Moscou a accusé Kyiv d’avoir lancé une attaque de 91 drones contre une résidence de Vladimir Poutine dans la région de Novgorod, dans l’ouest de la Russie. Un acte «terroriste», a dénoncé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Les autorités ukrainiennes ont aussitôt démenti. «Encore un mensonge de la Fédération de Russie», a commenté Volodymyr Zelensky lors d’une conférence de presse en ligne, estimant que Moscou «prépare simplement le terrain pour mener des frappes, probablement sur la capitale et probablement sur des bâtiments gouvernementaux».

Le Kremlin a indiqué ce mardi ne pas avoir de preuves à apporter. Son porte-parole, Dmitri Peskov, a expliqué que tous les drones avaient été détruits par la défense aérienne. Il a renvoyé vers le ministère de la Défense sur la présence d’éventuels débris. «Près d’une journée s’est écoulée et la Russie n’a toujours pas fourni de preuves plausibles à l’appui de ses accusations», a constaté le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, assurant qu’«aucune attaque de ce type n’a eu lieu».

Dans une note publiée sur son site internet, l’Institute for the Study of War (ISW) souligne qu’en temps normal, «les frappes ukrainiennes confirmées en Russie produisent généralement des preuves vérifiables en source libre», comme «des images, souvent géolocalisées, d’opérations de défense aérienne, d’explosions, d’incendies ou de panaches de fumée à proximité des cibles». Cette fois, notent les chercheurs de ce groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, «les circonstances de cette frappe présumée ne correspondent pas aux preuves habituellement observées […]. L’ISW n’a observé aucune image de ce type ni aucun reportage local ou régional concernant des frappes ukrainiennes près de la résidence de Poutine qui corroborerait les affirmations de Lavrov».

Quelles conséquences sur les négociations ?

«Les conséquences se traduiront par un durcissement de la position de négociation de la Fédération de Russie» dans les négociations sur la paix en Ukraine, a annoncé ce mardi matin Dmitri Peskov. La veille, Sergueï Lavrov avait promis des «représailles» et assuré que «la position de la Russie sera révisée», sans que Moscou ne projette pour autant de se «retirer du processus de négociations avec les Etats-Unis». La Russie n’a pas précisé la nature de ses «représailles», mais elle a poursuivi ses frappes ce mardi, notamment dans la région méridionale d’Odessa, où un navire civil a été endommagé et une personne blessée.

Ces événements se produisent quelques heures après une rencontre en Floride entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, dimanche, au terme de laquelle l’Américain avait déclaré : «Nous n’avons jamais été si proches d’un deal.» Lundi soir, après les accusations de Moscou sur la prétendue attaque de drones, le président des Etats-Unis s’est dit «très en colère» à l’égard du régime ukrainien. «Ce n’est pas le bon moment. C’est une chose d’attaquer parce qu’ils attaquent. C’est autre chose d’attaquer sa maison», a-t-il déploré. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, s’est lui aussi dit «profondément préoccupé par des informations faisant état» d’une attaque de drones ukrainienne.

La France, pour sa part, a exposé ses doutes sur la version des faits présentée par Moscou. «Il n’existe aucune preuve solide» pour étayer les accusations russes, a commenté l’entourage d’Emmanuel Macron, cité par France Info. «Les autorités russes […] disent tout et son contraire sur ce qui s’est réellement produit, notamment sur le nombre de vecteurs et les régions visées. Quand on émet des accusations graves comme celles-ci, les faits et leur vérification ont une importance majeure», a poursuivi la même source.

Quelle est cette propriété de Novgorod ?

Le site au cœur de l’affaire se trouve à proximité de la ville de Valdaï, à plus de 300 kilomètres au sud de Saint-Pétersbourg. Il s’agit, selon une enquête de la Fondation anticorruption (FBK) du défunt opposant Alexeï Navalny – dont les conclusions avaient été rapportées en 2021 par le média russe indépendant Meduza –, de la «datcha préférée» de Vladimir Poutine, mais aussi de sa résidence officielle «la plus secrète». Le terrain, vaste de 250 hectares, appartiendrait en plus grande partie à la Fédération de Russie. Là se trouveraient des entrepôts, des garages, et même des véhicules blindés équipés de lance-missiles, selon des images satellites diffusées cet été par Radio Free Europe.

Mais une autre partie du domaine (quelque 100 hectares) appartiendrait à la société privée «Praym LLC», propriété du banquier personnel de Vladimir Poutine, Yuri Kovalchuk. Sur ces terres, le président russe aurait installé pavillon chinois, sauna, parcours de golf, église orthodoxe ou encore casino. Selon d’autres informations publiées en 2023, il y aurait aussi fait construire un manoir pour la gymnaste Alina Kabaeva, avec laquelle la presse russe lui prête une relation amoureuse, jamais confirmée par les intéressés.

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