La Commission européenne semble céder sur l’une des revendications des agriculteurs. Emmanuel Macron a assuré mercredi soir que la taxe carbone européenne serait «révisée» afin de la suspendre pour les engrais, promettant que le dispositif ne ferait pas augmenter leur prix et se félicitant d’avoir obtenu de «nouveaux engagements» de Bruxelles face à la colère des agriculteurs.
Depuis des semaines, les céréaliers réclament d’exclure les engrais de ce dispositif, redoutant une explosion des prix des intrants. Ils affirment déjà produire à perte une céréale comme le blé. «Il n’y aura pas de hausse de prix des engrais liée à la taxe carbone aux frontières», a soutenu le président de la République sur X, ajoutant que «les droits de douane sur les engrais et intrants seront abaissés rapidement».
Il confirme les dires d’Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, qui annonçait plus tôt sur X avoir obtenu l’accord de Maroš Šefčovič, le Commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique. Il découle de leurs discussions que l’application du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur les engrais «pourra être suspendue». Une première version de son message était plus affirmative, indiquant que la taxe serait suspendue. Mais pour cela, il faudrait un vote, en cours de discussion à la demande de plusieurs États membres, a précisé le ministère français.
Une «double peine»
Cette suspension devrait s’accompagner d’un «effet rétroactif au 1er janvier 2026», assure-t-elle. Et d’ajouter : «C’est une excellente nouvelle et un soulagement pour nos agriculteurs ! Il n’y a donc aucune justification que les importateurs d’engrais augmentent leurs prix.» L’annonce de la suspension, soutenue également par l’Italie, survient à l’issue d’une réunion des ministres de l’agriculture de l’UE à Bruxelles ce mercredi.
Le MACF est un «instrument réglementaire européen qui vise à soumettre les produits importés dans le territoire douanier de l’Union européenne à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels européens fabriquant ces produits», explique le ministère de l’Ecologie sur son site internet. Il est entré dans sa «phase définitive» au 1er janvier 2026. La fabrication d’engrais azoté est très émettrice de CO2.
Annie Genevard fait face à un regain de la mobilisation des agriculteurs depuis début décembre, qui dénoncent une «double peine» : ce mécanisme s’ajouterait à la taxation progressive visant spécifiquement les engrais azotés russes entrée en vigueur en juillet, allant de 45 euros la tonne en 2025-26 à 95 euros la tonne en 2027-28. Les céréaliers ont notamment fait face à une envolée des coûts de production liée à l’invasion de l’Ukraine en 2022-2023, une récolte catastrophique de blé en 2024 et une baisse des prix des céréales, des betteraves et des pommes de terre en 2025.
A lire aussi
Une première concession de Bruxelles avait été obtenue mi-décembre concernant la taxe carbone aux frontières de l’UE. La commission avait annoncé un allègement de la majoration appliquée à la taxe pour les engrais. C’est une exception par rapport aux autres produits concernés par ce mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (acier, aluminium, ciment, électricité et hydrogène). Malgré cette avancée, le ministère de l’Agriculture a estimé mardi que le surcoût restait encore trop élevé pour les agriculteurs.




