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Alors que l’Europe s’arme contre la Russie, le Premier ministre hongrois papote pétrole avec Vladimir Poutine

En pleines discussions d’un plan de paix pour l’Ukraine, l’Europe condamne massivement les attaques du Kremlin. Pourtant, le nationaliste Viktor Orbán va rencontrer le président russe ce vendredi 28 novembre.

Viktor Orbán lors de sa rencontre avec Donald Trump, à la Maison Blanche, le 7 novembre. (Evan Vucci/AP)
Publié le 28/11/2025 à 11h42, mis à jour le 28/11/2025 à 16h33

Viktor Orbán cavalier seul. Alors que les dirigeants de l’Union européenne se dressent en chœur contre la Russie et revendiquent un plan de paix respectueux de la souveraineté ukrainienne, le Premier ministre hongrois détonne. Orbán a rencontré ce vendredi 28 novembre le président russe, Vladimir Poutine, à Moscou, pour mener des discussions autour de l’énergie. Dans une vidéo publiée sur Facebook en amont du rendez-vous, le dirigeant nationaliste a rappelé sa virée aux Etats-Unis début novembre, au cours de laquelle il a obtenu de Donald Trump – à force de discussions – une dérogation aux sanctions américaines liées au pétrole russe, valable un an.

Cette fois-ci, le Premier ministre hongrois se rendait à Moscou pour s’assurer «que l’approvisionnement énergétique de la Hongrie est sécurisé pour l’hiver et l’année prochaine à un prix abordable».

Dépendance au pétrole russe

«Maintenant, tout ce dont nous avons besoin, c’est de gaz et de pétrole, que nous pouvons acheter aux Russes, donc je vais là-bas pour m’assurer que l’approvisionnement énergétique de la Hongrie est sécurisé pour l’hiver et l’année prochaine à un prix abordable», a encore expliqué Orbán avant l’entretien. «Nous n’avons renoncé à la coopération dans aucun domaine, en dépit de toutes les pressions extérieures», a-t-il assuré depuis le Kremlin. Le président russe a salué de son côté le maintien des relations entre Moscou et Budapest «malgré toutes les difficultés d’aujourd’hui», et s’est félicité de la position «équilibrée» du dirigeant hongrois sur «la question ukrainienne». Viktor Orbán a refusé d’envoyer une aide militaire à l’Ukraine et il s’est opposé, au sein de l’Otan et de l’Union européenne, à une action plus ferme contre la Russie.

Rare dirigeant européen proche à la fois du président américain et du chef de l’Etat russe, Orbán n’a pas cherché à diversifier réellement les importations de son pays depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et dépend fortement du pétrole russe. Il a affirmé que la Hongrie bénéficiait des prix de l’énergie les plus bas en Europe grâce à son accès au gaz et au pétrole russes, «bon marché par rapport aux niveaux des prix internationaux».

«Il a ses propres idées»

Depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orbán a rencontré Vladimir Poutine quinze fois. La rencontre de ce vendredi sera leur quatrième depuis le début de la guerre en Ukraine et va à coup sûr provoquer la colère à Bruxelles alors que le bloc européen tente de s’affranchir de la dépendance aux hydrocarbures russes et continue d’adopter des sanctions pour faire pression sur Moscou et tenter de mettre fin au pire conflit sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale.

«Nous espérons vivement que les propositions de paix sur la table conduiront à un cessez-le-feu et à la paix», a déclaré Orbán à Moscou vendredi, en référence au plan de sortie du conflit présenté la semaine dernière par les Etats-Unis et amendé depuis après des consultations avec l’Ukraine. Affirmant que la Hongrie «subit des pertes économiques importantes» à cause de la guerre, le Premier ministre a réitéré que la Hongrie était prête à «servir de lieu pour des négociations de paix». Jeudi, Vladimir Poutine avait répété que le conflit ne prendrait fin que si l’Ukraine acceptait de renoncer aux territoires dont Moscou revendique l’annexion, faute de quoi l’armée russe les prendra «par la force».

La visite d’Orbán au Kremlin, alors que l’UE tente tant bien que mal de sécuriser sa place à la table des négociations avec les Etats-Unis, l’Ukraine et la Russie, n’a pas surpris le chancelier allemand, Friedrich Merz, qui a commenté vendredi : «Ce n’est pas nouveau. Il a ses propres idées pour mettre fin à cette guerre, qui jusqu’à présent ne se sont pas concrétisées.»

Mise à jour à 16 h 33 avec les déclarations de Viktor Orbán, Vladimir Poutine et Friedrich Merz.

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