Les partis de gauche associés aux syndicats ont appelé à la grève générale ce jeudi 11 décembre au Portugal, pour dénoncer l’avant-projet de loi du gouvernement de centre droit visant à réviser plus de 100 articles du code du travail. Des aéroports aux transports publics en passant par les écoles, hôpitaux et certaines entreprises privées, tout a fonctionné au ralenti lors de cette première grève générale depuis douze ans. La plus importante usine automobile du pays, une unité du groupe Volkswagen située dans la région de Setúbal a été paralysée une grande partie de la journée.
Jeudi matin, l’une des gares ferroviaires de Lisbonne était quasiment déserte alors que les tableaux d’affichage annonçaient l’annulation de la plupart des trains. D’après des données compilées par la principale confédération syndicale, la CGTP, de nombreux services de collectes de déchets étaient à l’arrêt. Les commerces, cafés et restaurants étaient ouverts, mais avec moins de clients qu’à l’accoutumée. Dans les maisons de retraite et les prisons, les repas et les soins aux personnes hospitalisées sont assurés, comme les services d’urgence médicaux, traitements de chimiothérapie, de radiothérapie et de médecine nucléaire.
61 % des Portugais «favorables»
Le transport aérien a connu d’importantes perturbations durant la journée. Les compagnies TAP, EasyJet et Sata ne garantiront que certaines liaisons, principalement au sein de l’Union européenne. Le président du Syndicat des pilotes d’aviation civile a déclaré que «sur les 283 vols prévus par TAP, seuls les vols assurant le service minimum, soit environ 63, seront opérés».
Dans les ports maritimes et de pêche, les criées sont fermées du nord au sud du pays. Les CTT (l’entreprise postale de Portugal) ont enregistré 95 % de participation à la grève, tandis que l’entreprise de boissons Super Bock est gréviste à 100 %. Dans le secteur alimentaire, la production est à l’arrêt chez Cerealto et dans d’autres groupes.
Le secrétaire général de la CGTP, Tiago Oliveira, a fait état à la mi-journée d’une participation à la grève qui dépassait déjà les trois millions de travailleurs. «La grande majorité des Portugais est au travail», a pourtant assuré le porte-parole du conseil des ministres, António Leitão Amaro, minimisant l’ampleur du mouvement social qu’il a comparé à «une grève partielle de certains secteurs de la fonction publique».
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A l’appel de la CGTP et de l’UGT, le mouvement est soutenu par une nette majorité de Portugais. Selon le baromètre DN-Aximage publié mardi 9 décembre, 61 % des Portugais s’y déclaraient «favorables» ou «totalement favorables». Le mouvement est «déjà un succès», a donc déclaré Tiago Oliveira alors que le pays se trouve en pleine précampagne pour l’élection présidentielle prévue début 2026.
«Offense envers les plus vulnérables»
Le texte qui a mis le feu aux poudres a été annoncé au mois de juillet par le gouvernement de centre droit du Premier ministre, Luís Montenegro. Intitulée «Travail XXI», la proposition révise en profondeur la législation du travail, afin de stimuler la croissance et augmenter la flexibilité du marché du travail. «L’objectif est que le résultat final puisse confirmer l’adaptation de la loi aux exigences actuelles de notre économie», a justifié le chef de l’exécutif lors du débat bimensuel, le 5 décembre.
Parmi les 100 articles retouchés du code de travail, les plus critiqués sont ceux qui changent les congés maternité et paternité, la réduction du congé de deuil en cas de fausse couche, le maintien des bas salaires, la déréglementation des horaires de travail, la facilitation pour les licenciements et la diminution de la défense du prolétariat.
«Ces propositions sont une offense envers les jeunes, les femmes, les familles et les plus vulnérables. Monsieur le Premier ministre, ce que vous faites avec cette proposition, c’est envoyer les jeunes vers des emplois précaires, vers des contrats au noir et vers l’économie informelle», a accusé le leader socialiste José Luís Carneiro.




