C’était il y a peu, le 24 octobre. L’autorité britannique de réglementation des médicaments (la MHRA) annonçait le démantèlement à Northampton, dans le centre du Royaume-Uni d’une usine qui fabriquait des gélules étiquetées comme contenant du Mounjaro, un nouveau médicament développé par le laboratoire Eli Lilly, principalement utilisé pour traiter le diabète de type 2, et également prescrit pour le contrôle du poids en cas de surpoids ou d’obésité.
Lors des fouilles, la MHRA a rapporté avoir également mis la main sur 2 000 stylos-injecteurs présentés comme contenant des doses de tirzépatide (le principe actif du Mounjaro) et de retatrutide, autre médicament expérimental contre l’obésité, également conçu par Eli Lilly, mais dont l’expérimentation en est encore à la phase d’essai. Des dizaines de milliers de stylos vides ont également été recensés, ainsi que des produits chimiques bruts, selon l’agence de presse Reuters.
«C’est une victoire dans la lutte contre les criminels sans scrupule qui mettent des vies en danger en vendant des injections amaigrissantes dangereuses et illégales pour gagner rapidement de l’argent, applaudissait Wes Streeting, le ministre de la Santé britannique, à l’issue de l’opération. Ces produits non réglementés, fabriqués sans aucun souci de sécurité ou de qualité, représentaient un risque majeur pour les clients qui les achetaient sans le savoir.»
«Coup direct»
Une victoire en trompe-l’œil. Cette opération est la plus grande saisie au monde de médicaments amaigrissants non homologués. Elle illustre une tendance grandissante outre-Manche : la recrudescence de médicaments amincissants contrefaits et non réglementés, qui font l’objet d’un trafic mondial et sont vendus illégalement en ligne par le biais de réseaux clandestins.
Les groupes pharmaceutiques et autres autorités de réglementation tirent la sonnette d’alarme face à ce fléau qui prend de l’ampleur. Dans un communiqué, Eli Lilly s’est réjoui de la saisie de cette opération qui porte «un coup direct aux éléments criminels qui mettent en danger la vie des gens».
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Les clients qui achètent des médicaments «contrefaits ou au marché noir n’ont aucun moyen de savoir ce qu’ils contiennent réellement», s’inquiète toutefois le laboratoire. Tout en saluant l’action de la MHRA, Eli Lilly a déclaré qu’il attendait avec impatience le renforcement des mesures de contrôle à l’avenir.
La MHRA a rapporté que l’usine clandestine située dans le centre de l’Angleterre était la première du genre découverte en Grande-Bretagne. Sans doute pas la dernière, à en croire Andy Morling, le chef de l’unité chargée de l’application de la loi pénale au sein de la MHRA.
«Modèle inhabituel»
Dans des propos relayés ce mardi 11 novembre par le Guardian, il précise que cette méthode de production est nouvelle parmi les cercles criminels. «Il s’agit d’un modèle inhabituel. [Ce qu’ils ont saisi] ressemblait à des médicaments authentiques, mais n’était absolument pas autorisé et était illégal à la vente au Royaume-Uni. Le niveau d’investissement nécessaire pour créer des procédés d’emballage et de production afin de vendre à l’échelle industrielle relève sans aucun doute du crime organisé», assure Andy Morling. Dans le cas de la saisie du 24 octobre, l’agent évoque un produit «sophistiqué», qui constitue «une préoccupation majeure» pour son unité.
Pour aller plus loin
Sans compter qu’au-delà de la mouvance criminelle qui plane au-dessus du marché, certaines personnes comme aux Etats-Unis commencent à s’approvisionner en matières premières, en ligne, afin de concocter elles-mêmes des injections à base de GLP-1, telles que le sémaglutide, principe actif de l’Ozempic et du Wegovy du géant danois Novo Nordisk.
Cette tendance a suscité des inquiétudes chez les responsables sanitaires, qui avertissent que les préparations artisanales présentent de graves risques pour la santé en raison des possibles contaminations, des dosages incorrects et du manque de contrôles.




