Une levée de sanctions contre des libérations massives d’opposants. Plusieurs figures de l’opposition bélarusse ont été libérées, samedi 13 décembre, parmi lesquelles le prix Nobel de la paix 2022 Ales Bialiatski, la musicienne Maria Kolesnikova ou l’ancien candidat à la présidentielle Viktor Babariko, a annoncé l’ONG de défense des droits humains Viasna.
Ces trois figures de l’opposition, détenues depuis plus de quatre ans au Bélarus, font partie d’un groupe plus large de 123 personnes, parmi lesquelles un citoyen Américain, dont la grâce a été prononcée par le président Alexandre Loukachenko, selon le compte Telegram Poul Pervogo, affilié à la présidence. 114 de ces 123 prisonniers ont été transférés en Ukraine, avant d’éventuellement rejoindre, s’ils le souhaitent, la Pologne ou la Lituanie.
Trois figures de la contestation de 2020
Agé de 63 ans, Ales Bialiatski a fondé en 1996 et animé pendant des années Viasna («Printemps»), le principal groupe de défense des droits humains et source essentielle d’informations sur les répressions dans ce pays d’Europe orientale. Il avait été arrêté en juillet 2021, officiellement pour «évasion fiscale», ses camarades et lui-même étant accusés d’avoir fait entrer de grosses sommes d’argent pour financer des actions collectives contre la présidence. Il avait participé en 2020 à la coordination formée pour contester la réélection frauduleuse de Loukachenko. En 2022, il avait reçu le prix Nobel de la paix derrière les barreaux, avant d’être condamné à 10 ans de prison en 2023. A sa sortie de prison, il a annoncé vouloir poursuivre son «combat».
La musicienne Maria Kolesnikova, 43 ans, était également l’une des meneuses des manifestations massives contre la réélection de Loukachenko. Flûtiste de profession, elle avait été enlevée en septembre 2020 en pleine rue par les autorités bélarusses, qui souhaitait l’expulser du pays, à l’instar de Svetlana Tikhanovskaïa, autre figure de l’opposition exilée depuis à Vilnius. Mais la concertiste s’y était refusée, sautant par la fenêtre de la voiture qui l’a amenée à la frontière avant de déchirer son passeport. En septembre 2021, elle avait été condamnée à onze ans de prison pour «complot visant à s’emparer du pouvoir», «appels à des actions portant atteinte à la sécurité nationale» et «création d’une formation extrémiste». Aussitôt sortie, elle a appelé à la libération de tous les prisonniers politiques.
Viktor Babariko, lui, était en prison depuis juin 2020. Candidat putatif à la présidentielle, il avait pour lui 430 000 parrainages soutenant sa démarche et des sondages en ligne qui le donnaient en tête du scrutin. Assez pour que les autorités l’arrêtent, officiellement pour corruption et blanchiment d’argent, et ne le condamnent, lui l’ancien banquier employé d’une filiale de Gazprom, à quatorze ans de prison.
Ces libérations font suite à l’annonce par un émissaire américain, John Coale, en visite au Bélarus, de la levée des sanctions des Etats-Unis sur le potassium, un composant utilisé pour la fabrication d’engrais et dont le Bélarus est un grand producteur.
Ouverture vers les Etats-Unis
Ces derniers mois, Donald Trump a encouragé notamment le Bélarus à libérer les centaines de prisonniers politiques que compte le pays et le président bélarusse, Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis plus de 30 ans, a gracié des dizaines de personnes. Une démarche qui avait notamment permis la libération de Sergueï Tikhanovski, mari de Svetlana Tikhanovskaïa.
En échange, Washington avait déjà partiellement levé les sanctions contre la compagnie aérienne bélarusse Belavia, lui permettant d’entretenir et d’acheter des pièces pour sa flotte, qui comprend des Boeing. L’émissaire américain John Coale a affirmé samedi que la proximité entre Alexandre Loukachenko et son homologue russe Vladimir Poutine pourrait être utile dans la difficile médiation américaine en cours pour tenter de mettre fin à la guerre entre Kyiv et Moscou.
«Votre président a une longue histoire avec le président Poutine et a la capacité de le conseiller. C’est très utile dans cette situation», a déclaré Coale, cité par l’agence de presse étatique bélarusse Belta.
Alexandre Loukachenko, 71 ans, a écrasé plusieurs mouvements de contestation, dont le plus important, en 2020 et 2021, l’avait sérieusement fragilisé, le poussant à appeler à l’aide Vladimir Poutine. depuis, Minsk est beaucoup plus dépendant de la Russie, alors qu’auparavant Alexandre Loukachenko avait tâché de trouver un équilibre dans ses relations entre le Kremlin et l’Occident.




