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Bulgarie : à deux semaines de l’arrivée de l’euro, le gouvernement démissionne après de vastes manifestations anti-corruption

Plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient manifesté contre le Premier ministre Rossen Jeliazkov accusé de corruption. Ce dernier a annoncé jeudi 11 décembre quitter le pouvoir après y être arrivé en janvier dernier.

Le Premier ministre bulgare Rossen Jeliazkov, au Parlement à Sofia le 11 décembre 2025. (Dimitar Kyosemarliev/AFP)
Publié le 11/12/2025 à 15h29

Il était dos au mur. Le gouvernement bulgare a annoncé sa démission jeudi 11 décembre, au lendemain d’une nouvelle manifestation de masse pour dénoncer la corruption dans l’appareil de l’Etat et à trois semaines de l’entrée du pays dans la zone euro. «Je vous informe […] que le gouvernement démissionne aujourd’hui», a déclaré le Premier ministre Rossen Jeliazkov lors d’une conférence de presse, au moment où les députés examinaient une motion de censure de l’opposition.

Mercredi soir, des dizaines de milliers de personnes avaient manifesté dans la capitale Sofia et dans d’autres villes du pays, dans une nouvelle démonstration de colère contre un gouvernement accusé de corruption. La vague de mécontentement, sans précédent depuis plusieurs années et avec une présence importante de jeunes, avait démarré fin novembre, lorsque le gouvernement avait tenté de faire adopter en procédure accélérée le budget 2026, le premier libellé en euros.

Une vague de contestation largement soutenue

Après sept élections en moins de quatre ans, le fragile gouvernement de Rossen Jeliazkov avait été formé en janvier, rassemblant une coalition de circonstance entre les conservateurs du GERB de l’ancien Premier ministre Boïko Borissov et deux autres formations, soutenue au Parlement par la minorité turque. Sous la pression de la rue, le gouvernement a retiré le 3 décembre son projet de budget, qui prévoyait la hausse de certains impôts et cotisations sociales. Autant de hausses destinées à dissimuler des détournements de fonds, affirment les manifestants et l’opposition.

Un nouveau projet de budget a été présenté au Parlement en début de semaine mais sans calmer la colère. Selon le directeur de l’agence de sociologie MarketLinks, Dobromir Zhivkov, «la société bulgare est très largement unie contre le modèle de gouvernance du pays». Ce dernier ajoutant : «Plus de 70 % soutiennent la vague de protestations dans le pays», selon une étude publiée ce jeudi.

Le pays le plus pauvre de l’Union européenne

Après la manifestation massive de mercredi, à l’appel notamment de la coalition réformiste et pro-occidentale «Nous continuons le changement – Bulgarie démocratique» (PP-DB), le président Roumen Radev et l’opposition avaient appelé le gouvernement à démissionner. C’est chose faite, mais cette démission intervient alors que le petit pays des Balkans, le plus pauvre de l’Union européenne, s’apprête à introduire la monnaie unique le 1er janvier, ajoutant à l’inquiétude des Bulgares qui craignent une hausse des prix.

Selon la Constitution bulgare, la démission doit être désormais avalisée par le Parlement. Le président devra alors confier un mandat pour la formation d’un nouveau gouvernement au sein de l’assemblée. Si aucune majorité ne se forme, le chef de l’État nommera un gouvernement intérimaire et doit convoquer des élections dans un délai de deux mois. Il est tenu de choisir dans une liste de hauts fonctionnaires de l’État, parmi lesquels figurent le président de la Cour des comptes et le gouverneur de la Banque centrale bulgare.

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