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Bataille sémantique

«Burger végétarien», «saucisses végétales» : un peu de sursis pour les appellations menacées dans l’UE

Etats membres et eurodéputés n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’interdiction des termes liés à la viande pour des produits non-carnés, réclamée par les éleveurs et poussée par les élus européens conservateurs. Les discussions reprendront en 2026.

C’est le Parlement européen qui a mis le feu aux poudres au mois d’octobre en se prononçant pour l’interdiction des termes steak, saucisse ou hamburger quand les produits ne contiennent pas de viande. (Daniel Acker/Bloomberg.Getty Images)
Publié le 10/12/2025 à 22h23

Un burger sans viande peut-il être appelé un burger ? Vous, vous avez quatre heures, l’Union européenne a eu plusieurs semaines, mais ça ne lui a pas suffi à trancher. Réunis autour de l’épineuse question de l’avenir des dénominations «burger végétarien» ou «saucisses végétales», contestées par les éleveurs, les Etats membres et les eurodéputés n’ont pas réussi à trouver un point d’accord ce mercredi 10 décembre. De nouvelles discussions auront lieu en 2026, selon des participants à cette réunion de négociation, infructueuse, à Bruxelles.

C’est le Parlement européen qui a mis le feu aux poudres au mois d’octobre en se prononçant pour l’interdiction des termes steak, saucisse ou hamburger quand les produits ne contiennent pas de viande. A l’origine de la mesure, l’eurodéputée Céline Imart (PPE, droite) dit vouloir éviter «une confusion» avec les produits carnés, afin de mieux valoriser le travail des éleveurs. Il n’est «aucunement question d’interdire les alternatives végétales, mais je suis attachée à la valorisation des termes, à leur sens véritable», affirme cette élue française, également exploitante céréalière.

Le débat est toutefois loin d’être clos, car les discussions sont serrées avec les Etats européens. Certains n’ont pas l’intention de remettre en cause les dénominations actuelles, par exemple l’Allemagne, le plus vaste marché d’Europe pour ces produits végétariens.

Un courrier signé Paul McCartney

Jambon végétal ? Foie gras vegan ? Les négociations ont traîné en longueur mercredi et, «malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à trouver un accord», a réagi le ministre danois de l’Agriculture, Jacob Jensen, dont le pays occupe la présidence tournante de l’Union européenne jusqu’à fin décembre. En Allemagne, les supermarchés Lidl et Aldi sont contre l’interdiction votée au Parlement. Ils disent redouter une chute de leurs ventes, les termes employés actuellement étant désormais «familiers» chez les consommateurs.

Plus inattendu, Paul McCartney, végétarien revendiqué – le musicien avait lancé une marque de produits veggies au début des années 90 avec son épouse Linda – s’est associé à un courrier de parlementaires britanniques pour défendre steaks de soja et autres saucisses de tofu. Dans cette lettre ouverte, l’ex-Beatle et la poignée d’élus anglais signataires estiment que si le Royaume-Uni n’est plus dans l’Union européenne, leurs marchés restent «étroitement liés» et la décision européenne pourrait influer sur le reste du monde. Au nom de la protection de la planète, ils appellent donc à s’en tenir à la législation existante : «Les consommateurs, assurent-ils, choisissent intentionnellement des alternatives à base de plantes et ne les confondent pas avec la viande animale.»

«Les consommateurs ne sont pas stupides»

L’interdiction de ces dénominations est une revendication des producteurs de viande. Selon l’interprofession française Elevage et viande (Interbev), les alternatives végétales «brouillent les repères et affaiblissent la reconnaissance d’un produit brut et 100 % naturel», en «s’appropriant les dénominations de la viande à des fins marketing». En France, un décret proposant d’interdire ce type d’appellation avait été pris en 2024 pour apaiser la colère des agriculteurs. Mais il avait été annulé par le Conseil d’Etat fin janvier 2025, dans la foulée d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne.

Au Parlement européen, les eurodéputés avaient rejeté un texte de loi sur le même sujet en 2020. Mais ils ont changé de pied en octobre, à la faveur des nouveaux équilibres politiques à Strasbourg, où la droite et l’extrême droite sont sorties renforcées des élections de juin 2024 et revendiquent leur proximité avec le monde agricole. L’interdiction du «veggie burger» suscite toutefois des divisions, y compris dans ces groupes. L’Allemand Manfred Weber, à la tête de la droite européenne, avait balayé d’un revers de la main cette proposition, qui n’est «pas du tout une priorité», car «les consommateurs ne sont pas stupides». Le sujet avait enflammé l’hémicycle, les écologistes pilonnant l’influence du lobby de la viande.

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