Comment une telle catastrophe a-t-elle pu arriver ? Et à qui la faute ? Quatre jours après la collision tragique et inexpliquée de deux trains en Andalousie, dans le sud de l’Espagne, et alors qu’un 43e corps a été découvert ce mercredi 21 janvier au matin, l’émotion laisse place à l’interrogation. Les Espagnols veulent des réponses, d’autant plus qu’un autre accident ferroviaire est survenu mardi soir en Catalogne, faisant un mort et plusieurs blessés.
Pour aller plus loin
Sur les lieux de la première catastrophe, à Adamuz, l’équipe de médecins légistes assure avoir déjà identifié la quasi-totalité des victimes. «Au total, 41 victimes ont été complètement identifiées. Par ailleurs, un nouveau corps a été retrouvé ce matin sur le lieu du sinistre, portant à 43 le nombre de personnes décédées», a annoncé l’entité publique chargée du suivi de la catastrophe. Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, a avancé que le bilan définitif pourrait être de 43 morts – ce qui correspondrait au nombre de signalements de personnes disparues.
Le Premier ministre, Pedro Sánchez, et le président du gouvernement régional d’Andalousie, Juan Manuel Moreno, ont annoncé ce mercredi l’organisation d’un hommage national aux victimes le samedi 31 janvier, à Huelva. Les deux dirigeants se sont entretenus par téléphone ce mercredi afin de s’accorder sur l’aide à apporter aux victimes et sur l’avancement des travaux dans la zone de l’accident.
Rupture du rail
Toute la presse espagnole se penche désormais sur les circonstances du drame, et divulgue de premiers éléments de l’enquête, qui s’intéresserait à une rupture du rail de plus de 30 centimètres de long à l’endroit exact de l’accident. Citant «des techniciens» ayant accès à ces informations, le quotidien El Mundo dispose d’éléments pour déduire que cette rupture serait le résultat d’«une mauvaise soudure ou d’une soudure qui s’est détériorée en raison de la circulation [des trains] ou du climat» et y voit «une cause plus que probable» du déraillement d’un des deux trains à l’origine de la tragédie. Le ministre des Transports a cependant indiqué qu’il était encore trop tôt pour savoir si la rupture du rail était «la cause ou la conséquence» de l’accident.
Vu d'Espagne
C’est la seule piste des enquêteurs à ce stade, car la vitesse des trains n’est pas en question et «l’erreur humaine est pratiquement écartée», avait assuré dès lundi le président de la Renfe, Álvaro Fernández Heredia. Il en avait déduit que la faute était peut-être due «au matériel roulant d’Iryo», le premier train qui a déraillé, ou à un «problème d’infrastructure».
Premier rapport dans «deux ou trois mois»
Pour sa part, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a écarté l’hypothèse d’un acte de sabotage. Il n’y a «jamais eu le moindre élément permettant de l’envisager», a-t-il assuré lors d’une conférence de presse. Face à l’émotion suscitée dans tout le pays par ce drame, le Premier ministre Pedro Sánchez a promis une «transparence absolue» et «la vérité» sur cette catastrophe. Un premier rapport préliminaire sur l’accident pourrait être publié dans «deux ou trois mois», avant une version définitive dans un délai maximal d’un an, a assuré César Franco, président du Conseil des ingénieurs industriels.
Au premier des trois jours de deuil national, le roi Felipe VI et la reine Letizia sont venus témoigner leur «affection» aux proches des victimes et aux rescapés. Après être restés une heure sur les lieux de l’accident, les souverains se sont rendus à l’hôpital Reina Sofía de Cordoue, à 35 kilomètres de là, où sont soignés certains des blessés. Trente-sept personnes, dont quatre enfants, restent hospitalisées, parmi lesquelles neuf adultes sont toujours en soins intensifs.
Ligne droite rénovée
Dimanche, à 19 h 45, les trois dernières voitures d’un train allant vers le nord en direction de Madrid ont déraillé et se sont déportées sur la voie d’à côté. Ces wagons appartiennent à l’opérateur privé Iryo, une compagnie privée filiale à 51 % du groupe public italien Ferrovie dello Stato (Trenitalia). Au même moment, un train de la Renfe, la compagnie nationale espagnole, se dirigeant depuis le sud de la capitale, a heurté de plein fouet les voitures coincées au milieu des rails.
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Les deux trains à grande vitesse, qui roulaient à plus de 200 km/h au moment de l’impact, transportaient au total plus de 500 passagers. De plus, la collision est survenue dans une ligne droite, sur une portion de voie rénovée, alors même que trois trains étaient passés au même endroit «20 minutes avant» sans que «personne ne signale la moindre anomalie sur la voie», a précisé le ministre des Transports, Óscar Puente, mardi matin. De quoi nourrir l’incompréhension qui règne sur ce drame.




