«J’avais 12 ans quand j’ai vu ma première commémoration. C’est difficile, quand on a 12 ans, de comprendre le sens des fleurs et des bougies. Et soudain, il y a ce hurlement poussé par une mère, et sa famille qui tente de la retenir. Cette image ne me quittera jamais», raconte Alexander Zadruzny. Quatre ans plus tard, c’est lui qui perd un ami, tué par balle à Akalla, une banlieue au nord de Stockholm. «C’est ce moment qui a tout changé», confie-t-il. Cheveux rasés sur les côtés, longue mèche noire gominée au sommet du crâne, Alexander Zadruzny a aujourd’hui 22 ans. La gravité avec laquelle il pèse chaque mot donne l’impression qu’il en a le double. Depuis la mort de son ami, cet étudiant en médecine et poète lutte contre les violences par arme à feu.
Il fait partie du collectif d’artistes et de militants Kollektiv Sorg («Deuil collectif»), qui depuis plus d’un an recueille sur Instagram les paroles de ceux qui restent : ils ont perdu un frère, un fils, ont été eux-mêmes blessés, ou sont des travailleurs sociaux qui accompagnaient ces jeunes. Des récits forts et très personnels, mis en lumière dans une exposition intitulée «Quand on ne peut plus pleurer», qui démarre ce samedi à Botkyrka, une banlieue au sud de Stockholm, régulièrement touchée par ces violences.
«Des années de ségrégation, d’abandon politique»
Depuis le mois de janvier, la Suède a enregistré plus de 300 fusillades, qui ont fait 50 morts et plus de 80 blessés. L’année 2022 est la plus meurtrière depuis que la police a commencé à tenir ces




