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Concertation en urgence entre Zelensky et ses alliés européens sur le plan américain de paix en Ukraine

Le projet en 28 points prévoit notamment que Kyiv cède au Kremlin les régions de Donetsk et Lougansk et que la Russie réintègre le G8. Des mesures défavorables à l’Ukraine dénoncées par l’Union Européenne.

Volodymyr Zelensky lors d'un appel téléphonique avec le président français, le Premier ministre britannique et la chancelière allemande, à Kyiv, le 21 novembre 2025. (Ukrainian Presidential Press Service/AFP)
Publié le 21/11/2025 à 16h31

Volodymyr Zelensky avait plaidé jeudi 20 novembre pour une «paix digne» et «respectueuse de notre indépendance». Quelques heures plus tard, les Etats-Unis détaillent un plan en 28 points qui promet de fortes concessions au Kremlin, et largement défavorable à l’Ukraine. En urgence, le président ukrainien a organisé un appel téléphonique d’urgence ce vendredi 21 novembre, avec les dirigeants français, allemand et britannique.

Le projet de paix initié par Washington prévoit en particulier que Kyiv cède à la Russie les régions de Donetsk et Lougansk, dans l’est du pays, deux régions qui seraient alors «reconnues de facto comme russes, y compris par les Etats-Unis». Selon les termes de ce plan, l’Ukraine devrait également s’engager à ne jamais rejoindre l’Otan – une adhésion réclamée dès 2008 –, et n’obtiendrait pas de forces de maintien de la paix. Comprendre : le plan promeut les conditions maximalistes avancées par la Russie et dénoncées par les autorités ukrainiennes comme équivalant à une capitulation.

Les concessions colossales imposées à l’Ukraine au travers de ce «plan de paix» n’ont pas manqué de faire réagir : stupeur et inquiétudes du côté européen, victoire et réjouissances pour le Kremlin et les Etats-Unis. Après plus de trois années de guerre, la perspective tant attendue d’un arrêt des affrontements n’a rien du soulagement espéré pour l’Union européenne, qui s’est concertée d’urgence à l’annonce du projet.

«Intérêts vitaux européens et ukrainiens»

Le président français, le Premier ministre britannique et le chancelier allemand ont acté ce vendredi lors d’un entretien téléphonique avec Volodymyr Zelensky vouloir «préserver à long terme les intérêts vitaux européens et ukrainiens», selon un communiqué de la chancellerie allemande. Bien que Friedrich Merz, Emmanuel Macron et Keir Starmer aient salué les «efforts américains» pour trouver une solution, ils ont réaffirmé au président ukrainien «leur soutien total et inchangé sur le chemin vers une paix durable et juste». L’Elysée a précisé que toute décision nécessite le «soutien conjoint et le consensus» des Européens et de l’Otan. À l’issue de l’échange téléphonique, Volodymyr Zelensky a dit «travailler» sur le plan américain, sur son compte X.

Tenus à l’écart des négociations du plan de paix porté par les Etats-Unis, les Européens ont rappelé leurs conditions : «Pour qu’un plan fonctionne, il faut que les Ukrainiens et les Européens soient impliqués, c’est très clair», a martelé la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne à Bruxelles, Kaja Kallas. Et d’ajouter «Nous devons comprendre que dans cette guerre, il y a un agresseur et une victime. Et, nous n’avons pas entendu parler de concessions de la part de la Russie». Face à la réduction drastique de l’armée ukrainienne imposée par ce projet – limitée à 600 000 militaires –, le porte-parole de Friedrich Merz a exigé «que les forces armées ukrainiennes restent en mesure de se défendre elles-mêmes».

«Un bon plan pour les deux parties»

Pour le pays investigateur de ce plan, les Etats-Unis, ce dernier est «bon», à la fois pour les intérêts de la Russie que pour ceux de l’Ukraine. C’est ce qu’a défendu jeudi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, qui considère que le plan est «acceptable pour les deux parties». Un responsable américain a par ailleurs déclaré que le plan proposé pour l’Ukraine comprenait des garanties de sécurité de la part de Washington et de ses alliés européens équivalentes à celles de l’Otan en cas de future attaque, confirmant les informations publiées par le média américain Axios. Selon ce dernier, toute future attaque armée «significative, délibérée et soutenue» de la Russie contre l’Ukraine «sera considérée comme une attaque menaçant la paix et la sécurité de la communauté transatlantique» et déclenchera une réponse des Etats-Unis et de leurs alliés.

La Russie – dont les troupes continuent de revendiquer chaque semaine la prise de nouveaux villages le long de la ligne du front – a pressé le président ukrainien de négocier «maintenant» plutôt que de risquer de perdre davantage de territoire. «L’espace pour prendre des décisions pour lui se réduit à mesure qu’il perd des territoires», a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov lors de son briefing quotidien. Mais pour Kaja Kallas, cette proposition de résolution est porteuse d’autres motivations diplomatiques. «Aujourd’hui est le jour où les sanctions américaines contre la Russie doivent en principe entrer en vigueur. J’espère que nous ne verrons pas une décision de les reporter, car c’est exactement ce que la Russie souhaite».

Volodymyr Zelensky espère pouvoir discuter «dans les prochains jours» avec Donald Trump, bien que les deux dirigeants entretiennent des relations houleuses.

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