Les images de baigneurs barbotant dans la Seine ont fait couler de l’encre partout en France… et sont aussi une source d’inspiration, visiblement jusqu’à Rome. Enthousiasmé par l’exemple français, le maire de la capitale italienne a annoncé qu’il comptait faire la même chose dans le fleuve qui traverse sa ville. «Dans cinq ans, nous pourrons nager dans le Tibre», a affirmé Roberto Gualtieri le 11 septembre, lors d’un déplacement au Japon, en s’appuyant sur un groupe de travail spécialement formé pour étudier la faisabilité du projet.
L'inspiration française
Comme pour la Seine, le Tibre a été un lieu de baignade pendant de nombreuses années, jusqu’aux années 60 – la faute à une eau devenue bien trop polluée. Sauf que son projet est loin de provoquer l’engouement escompté. «Un Tibre où l’on peut se baigner ? Un parcours long et coûteux, si tant est qu’il commence un jour», avait titré le quotidien la Repubblica dès juillet, lorsque l’édile avait évoqué son ambition. Experts et médias italiens ne sont pas plus optimistes aujourd’hui. Selon eux, dépolluer le fleuve pour arriver à un niveau acceptable et permettre de s’y baigner prendra bien plus de temps. Sans compter la lenteur de la bureaucratie italienne, réputée pour ses travaux publics sans fin.
Bactéries et pollution chimique
«Les risques sanitaires liés à la pollution du Tibre et des eaux intérieures sont extrêmement élevés», soulève de son côté Alessandro Miani, président de la Société italienne de médecine environnementale, auprès du média en ligne Roma Today. Il pointe notamment la présence de bactéries Escherichia coli (E. coli) – celles-là mêmes qui ont causé quelques déconvenues et reports d’épreuves dans la Seine lors des JO de Paris 2024. Le contact avec de l’eau contaminée par ces microbes «peut provoquer des infections gastro-intestinales», ainsi que «des infections cutanées et oculaires, entraînant des éruptions cutanées et une irritation des yeux», rappelle le scientifique italien.
Ses propos sont étayés par des travaux menés il y a un an par l’Institut italien pour la protection et la recherche environnementale : leurs résultats ont révélé que la rivière romaine transporte plus de déchets flottants, en particulier plastiques, vers la mer que tout autre fleuve italien ; il présente aussi d’inquiétantes concentrations d’ammoniaques et de bactéries fécales (type E. coli). «Il faut prendre en considération la pollution chimique liée aux métaux lourds ou aux pesticides», ajoute Alessandro Miani.
Le maire de Rome conserve tout de même son optimisme. Le groupe de travail n’a pas encore évalué le prix de tels travaux. Mais Roberto Gualtieri estime que, puisque les taux de pollution du Tibre seraient moins élevés que ceux de la Seine avant les travaux de dépollution, l’opération italienne sera moins coûteuse (l’investissement parisien s’était élevé à un peu plus de 1,4 milliard d’euros). La presse italienne n’est pas plus convaincue.




