La police londonienne doit de nouveau répondre de ses failles. Des milliers d’agents de la police métropolitaine (la Met) de la capitale britannique ont été recrutés sans avoir subi les contrôles de sécurité prévus par le règlement, révèle un rapport publié ce jeudi 8 janvier par les forces de l’ordre.
Selon cette enquête, entre 2019 et 2023, plus de 5 000 policiers et employés de la Met n’ont pas subi les contrôles de sécurité nécessaires au moment de leur recrutement. Encore plus grave, environ 1 200 personnes ayant rejoint les rangs de la police londonienne auraient pu voir leur candidature refusée dans le cadre des procédures normales, sur un total d’environ 27 300 candidatures. Parmi ces 1 200 agents recrutés à tort, des dizaines ont ensuite commis des fautes professionnelles, des infractions, voire des crimes, dont deux agents finalement condamnés pour plusieurs viols.
Tollé
Des dirigeants de la Met ont choisi de ne pas respecter les directives nationales car ils voulaient recruter «proactivement» plusieurs milliers de personnes en trois ans et demi, pour «atteindre des objectifs de recrutement qui seraient devenus inatteignables et [pour] accroître rapidement les effectifs de la Police métropolitaine». Ainsi, par exemple, des références qui auraient dû être fournies avant l’embauche n’ont pas été demandées. «L’accent semblait être mis sur la vitesse et le rendement, ce qui a involontairement compromis l’intégrité», décrit le rapport.
Cette institution a déjà vu sa réputation entachée par plusieurs affaires ces dernières années. Son chef, Mark Rowley, nommé en septembre 2022, a lancé d’importantes réformes, un grand ménage parmi les agents accusés de mauvaise conduite, et durci le processus de recrutement. Mais pas de quoi masquer les graves erreurs commises sous la direction de sa prédécesseur, Cressida Dick, en poste de 2017 à 2022.
Deux anciens policiers condamnés pour viol
L’enquête révèle notamment que David Carrick, l’un des pires prédateurs sexuels au Royaume-Uni ces dernières années‚ n’a pas fait l’objet d’une vérification adéquate lors d’un contrôle en 2017, alors qu’il était agent de police depuis 16 ans. Les contrôles auxquels ont procédé les services de recrutement n’ont en effet pas permis de révéler une accusation de violence domestique à son encontre. En 2023, il a finalement été condamné à la perpétuité pour des dizaines de viols et agressions sexuelles sur douze femmes pendant plusieurs années, de 2003 à 2020. Lors de son procès, le procureur Tom Little avait dépeint un homme usant de son statut pour décourager ses victimes de porter plainte contre ses agissements.
Un autre agent, Cliff Mitchell, a été autorisé à rejoindre la Met en 2020 après qu’un comité de sélection a annulé la décision de rejeter sa candidature malgré une accusation antérieure de viol sur un enfant. Il a lui aussi ensuite été condamné pour viols par la justice.
«Rétablir la confiance»
La commissaire adjointe de la police londonienne, Rachel Williams, a déclaré ce jeudi faire preuve avec la publication du rapport «d’ouverture et de transparence concernant les pratiques passées de vérification et de recrutement» qui ont mené à «l’intégration de personnes inadaptées» au sein des forces de police. «La Police métropolitaine recrute chaque année des centaines d’agents et d’employés, dont l’immense majorité sont des personnes d’un caractère exemplaire, dévouées à la protection du public», a-t-elle voulu rappeler.
«L’abandon des contrôles de sécurité sur les agents a été un manquement au devoir de la Police métropolitaine d’assurer la sécurité de Londres», a pour sa part critiqué la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood. Elle a chargé un responsable de la police d’une inspection sur les pratiques de recrutement au sein de la Met, dans le but de «rétablir la confiance dans la capacité des forces de l’ordre à protéger et à servir le public».




