La chronique des révélations dans le dossier du pédocriminel Jeffrey Epstein continue, et son flot d’excuses avec elles. Cette fois, elles émanent du Premier ministre britannique, ce jeudi 5 février. Son nom ne figure pas dans les trois millions de pages publiées par le département de la justice des Etats-Unis. Mais Peter Mandelson, qu’il a nommé en 2024 ambassadeurs aux Etats-Unis, figurait dans de précédentes révélations, et est maintenant sous le coup d’une enquête de police. Il est soupçonné d’avoir transmis des informations financières sensibles à Epstein alors qu’il était membre du gouvernement entre 2008 et 2010.
Keir Starmer a démis Peter Mandelson de ses fonctions en septembre 2025 lorsque sa proximité avec le criminel sexuel a été rendue publique. Mais le dirigeant travailliste est dans la tourmente : il connaissait ces liens au moment de sa décision de le nommer ambassadeur. Et pour cette décision, il est critiqué jusque dans son camp.
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«Les victimes d’Epstein ont vécu un traumatisme que la plupart d’entre nous peuvent à peine comprendre et elles ont dû le revivre encore et encore. Elles ont vu la justice tarder à être rendue et trop souvent leur être refusée», a déclaré le Premier ministre jeudi lors d’un discours à Hastings, dans le sud-est de l’Angleterre. Il a tout de même affirmé qu’il entend «continuer» à diriger le pays, malgré les appels à démission.
Lui aussi plaide une connaissance incomplète de l’ampleur de l’affaire et du trafic sexuel organisé par le financier. «Je suis désolé, désolé de ce qui vous a été fait, désolé que tant de personnes de pouvoir vous aient trahies, désolé d’avoir cru aux mensonges de [Peter] Mandelson et de l’avoir nommé.» Défense qu’il avait déjà déroulée mercredi au Parlement, face à un feu de questions. L’ancien ambassadeur lui aurait «menti», à maintes reprises. Sous la pression de ses propres députés, le gouvernement a accepté de transmettre à une commission parlementaire les documents sur le processus de nomination et de révocation de l’ex-ambassadeur.
«On savait depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d’entre nous ne connaissait l’étendue et la noirceur de cette relation», a-t-il insisté jeudi. Arrivé à Downing Street en juillet 2024, Keir Starmer avait promis d’en finir avec les scandales à répétition de ses prédécesseurs conservateurs.
Crise
Mais en 18 mois, il a été contraint à de nombreuses volte-face sur son programme économique et social et a dû se séparer de plusieurs ministres mis en cause dans diverses affaires, autant de déboires qui ont largement entamé son crédit politique et sa popularité. Alors que les rumeurs de manœuvres pour le remplacer se multiplient, des députés travaillistes, cités anonymement dans la presse britannique, n’écartent plus désormais l’éventualité d’un départ de Keir Starmer.
Pour les Britanniques, «ce gouvernement est tout aussi chaotique que le précédent», et «l’affaire Mandelson semble encore accentuer ce phénomène», souligne auprès de l’AFP Luke Tryl, directeur pour le Royaume-Uni du groupe de réflexion More in Common.
La crise a même fait tanguer la livre sterling et grimper le taux d’emprunts des bons du Trésor britannique, réveillant le souvenir de l’ex-Première ministre Liz Truss, contrainte de démissionner en 2022 après avoir alarmé les marchés. Ces difficultés tombent mal pour Keir Starmer, à moins d’un mois d’une élection législative partielle dans le nord-ouest de l’Angleterre et à deux mois d’élections locales à haut risque avec la montée en puissance du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.




