Costume traditionnel sur le dos et large sourire, Diella devait être le visage de la lutte du gouvernement albanais contre la corruption. Symbole de la volonté des autorités de Tirana de lutter contre ce fléau, cette ministre albanaise animée par intelligence artificielle est aujourd’hui la victime collatérale d’une vaste enquête. En cause, le parcours obscur des créateurs de cette assistante virtuelle, affiliés à l’agence albanaise pour la société de l’information, pointe ce mardi 27 janvier le New York Times.
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Le 16 décembre, le parquet spécial contre la corruption et le crime organisé a annoncé avoir engagé des poursuites à l’encontre de huit citoyens albanais, dont la directrice de l’agence nationale pour la société de l’information, et son adjoint. Cette institution, qui gère l’infrastructure numérique du gouvernement, contrôle notamment un important panel de systèmes publics en ligne en Albanie, dont la fameuse ministre par IA Diella.
Selon le communiqué du parquet, les suspects seraient liés à un «groupe criminel structuré» responsable de manipulation et d’intimidation dans l’attribution de marchés publics. L’éventail des accusations est large. Les faits reprochés par les autorités albanaises vont de la «violation du principe d’égalité des participants aux appels d’offres ou aux ventes aux enchères publiques» à la «concurrence déloyale par la violence», en passant par «la privation illégale de liberté».
«Indépendance et professionnalisme»
Officiellement nommée en septembre «Ministre des marchés publics» par le Premier ministre Edi Rama, Diella a plusieurs fois pris la parole devant les parlementaires albanais ou au cours de conférences internationales. Cette ministre virtuelle a été mise en service avant tout comme une aide pour les citoyens dans leurs démarches auprès des services publics. Elle devait ainsi permettre de garantir la transparence et mettre un sérieux coup d’arrêt à la corruption massive de fonctionnaires jusqu’alors à l’œuvre dans le pays.
La directrice de l’agence et son adjoint n’ont pour l’heure pas été inculpés. «Nous devons attendre et voir», a souligné le Premier ministre Edi Rama dans des propos rapportés par le New York Times. Et le dirigeant albanais d’ajouter : «Parallèlement, nous devons être conscients que cette institution doit garantir non seulement son indépendance, mais aussi son professionnalisme.»
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L’Albanie, qui aspire à rejoindre l’Union européenne, a fait de la lutte contre la corruption une priorité gouvernementale. Cette politique est également une condition pour que le pays puisse rallier l’UE. Depuis mai 2025 et la victoire de son parti pro-UE aux élections législatives, Edi Rama a lancé des procédures tous azimuts. Ainsi, des enquêtes d’envergure visent l’ancien président du pays, Ilir Meta, ou encore Erion Veliaj, le maire de Tirana, la capitale du pays.
Si un rapport de la Commission européenne publié en novembre a néanmoins salué «certains progrès» enregistrés en la matière par l’Albanie, les experts européens notent que la corruption reste «largement répandue» dans le pays.




