En résumé :
- Les Européens ont affiché dimanche leur unité face aux menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump la veille, qui martèle sa volonté de s’emparer du Groenland. Ils doivent se réunir «dans les jours qui viennent» pour coordonner leur réponse, a annoncé dimanche soir le président du Conseil européen, António Costa. Selon un responsable européen, ce dernier envisage d’organiser ce sommet jeudi à Bruxelles.
- Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés samedi à Copenhague au Danemark pour dénoncer les ambitions territoriales de Donald Trump, qui continue d’afficher son intention de s’emparer du Groenland.
- Le président américain a assuré vendredi qu’il comptait passer un accord avec le Danemark pour acquérir le territoire autonome, et que Washington emploierait pour cela «la manière douce» ou «la manière forte», après que Copenhague a répété que son territoire de l’Arctique n’était pas à vendre.
Von der Leyen rappelle la «nécessité de respecter la souveraineté du Groenland»
La président de la Commission européenne Ursula von der Leyen dit avoir averti une délégation du Congrès américain à Davos de la «nécessité de respecter la souveraineté du Groenland».
Amnesty veut que l'Europe arrête de vouloir «apaiser» Trump
«Nous avons cherché à apaiser le tyran, le prédateur qui vit à Washington, D.C. Où cela nous a-t-il menés ? A toujours plus d’attaques. A toujours plus de menaces.» Tel est le constat formulé par la secrétaire générale d’Amnesty International Agnès Callamard. Interrogée par l’AFP en marge du Forum de Davos, la patronne de l’ONG appelle l’Europe à cesser de vouloir «apaiser» le président américain mais à faire preuve de «beaucoup plus de résistance». Au lieu des appels à la désescalade, à l’instar de l’Allemand Friedrich Merz, Agnès Callamard exhorte les gouvernements à faire preuve de davantage de «courage» et à savoir «dire non» : «Qu’ils arrêtent de croire qu’on peut négocier avec des tyrans, qu’ils cessent de penser qu’on peut accepter les règles des prédateurs sans devenir soi-même leur victime. Ça doit cesser».
Groenland : le seul argument de Trump est son énorme égo
Si les Etats-Unis n’ont jamais jugé utiles de s’installer au Groenland, c’est qu’en soixante-dix ans, les généraux et tous les satellites américains obsédés par les Russes et les Chinois n’y ont vu passer ni les uns, ni les autres, contrairement à ce que raconte Donald Trump. Ses visées extractivistes sont également contrariées par les contraintes climatiques de la région. Le billet de Serge July
Le président finlandais ne croit pas que Trump utilisera la force militaire au Groenland
Le président de la Finlande, Alexander Stubb, ne «croit pas que les Etats-Unis utiliseront la force militaire pour prendre le contrôle du Groenland». Alors qu’il s’est rapproché de Trump via le golf, au point de développer une certaine influence sur le président américain, Stubb estime de son côté que les relations entre son pays et celui de Trump sont «plus solides que jamais». Il assure également que l’Union européenne dispose de «plusieurs outils qui peuvent mener au retrait des menaces américains sur les taxes douanières».
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Copenhague et Nuuk proposent d'envoyer une mission de l'Otan au Groenland
Le Danemark et le Groenland ont proposé la création d’une mission de surveillance de l’Otan au Groenland, a déclaré lundi le ministre danois de la Défense à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Mark Rutte. «Nous l’avons proposée, le secrétaire général en a également pris note, et je pense que nous pouvons maintenant, espérons-le, obtenir un cadre définissant comment cela peut se concrétiser», a dit Troels Lund Poulsen, en présence de Vivian Motzfeldt, la ministre des Affaires étrangères du Groenland, à la télévision danoise.
Pour la Hongrie, la question du Groenland ne concerne pas l'Union européenne
La Hongrie, pays membre de l’Union européenne, estime que le Groenland n’est pas une question relevant de l’UE. «C’est notre position», a affirmé ce lundi le ministre hongrois des Affaires étrangères, qui a fait savoir que la Hongrie ne soutiendrait pas une déclaration commune de l’UE. «Nous considérons qu’il s’agit d’une question bilatérale qui peut être résolue par des discussions entre les deux parties… Je ne pense pas que ce soit une question qui relève de l’UE», a-t-il ajouté. Le Premier ministre d’extrême droite du pays, Viktor Orbán, est un fervent pro-Trump et pro-russe.
Des mesures de rétorsion de l'UE seraient «très mal avisées», le secrétaire au Trésor américain
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a prévenu ce lundi à Davos qu’il «serait très mal avisé» pour l’UE de prendre des mesures de rétorsion commerciales contre les Etats-Unis à cause du Groenland. «Le président (Trump) voit le Groenland comme un actif stratégique pour les Etats-Unis. Nous n’allons pas sous-traiter à quelqu’un d’autre la sécurité dans notre hémisphère», a encore dit Scott Bessent, qui s’exprimait devant des journalistes avant l’ouverture du Forum économique mondial à Davos.
Il a également déclaré que si le Groenland était attaqué, les États-Unis seraient de toute façon impliqués, et qu’il valait donc mieux annexer le Groenland dès maintenant, car les États-Unis sont le pays «le plus en vue» et «le plus puissant» au monde. «Mieux vaut maintenant. La paix par la force», a-t-il dit.
Les Européens disposent «d'instruments très puissants» contre les menaces trumpiennes, estime Barrot
Les Etats-Unis ont «un besoin vital de l’Europe», a souligné le chef de la diplomatie française. «Si certains semblent aujourd’hui l’oublier, rappelons que les Etats-Unis ont un besoin vital de l’Europe», a déclaré ce lundi Jean-Noël Barrot. «Les grandes entreprises du numérique réalisent un quart de leur chiffre d’affaires et sans doute la moitié de leurs profits en Europe», a-t-il rappelé. «Les pays de la zone euro détiennent 3 000 milliards d’euros d’actifs de plus que les Américains n’en détiennent en Europe», a-t-il ajouté, en affirmant : «Personne ne sort jamais gagnant d’une guerre commerciale». De plus, les Européens disposent «d’instruments très puissants» pour se défendre contre toute atteinte à ses intérêts essentiels, «qui nous permettent de restreindre l’accès au marché européen et refermer nos marchés publics», a-t-il poursuivi. Et de mettre en garde : «On aurait tort de l’oublier».
Le Groenland abordé mercredi par les ministres des Finances du G7
La France invite les ministres des Finances du G7 à aborder mercredi les tensions autour du Groenland, a indiqué le ministère français à l’AFP ce lundi. «Les priorités de la présidence française du G7» sont «le soutien à l’Ukraine» et «le sujet Groenland». Le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a invité l’ensemble de ses homologues, y compris celui des Etats-Unis, pays membre du G7. Roland Lescure a rapporté à la presse française avoir discuté avec son homologue allemand, Lars Klingbeil, à Berlin des «menaces américaines de tarifs [droits de douane] sur un certain nombre de pays, en échange d’un abandon de notre souveraineté sur le Groenland». Pour répondre à ces menaces, «nous n’excluons rien», a affirmé le ministre français, qui dit souhaiter «une discussion […] franche avec l’ensemble des membres du G7, y compris Américains évidemment, au sujet de cette situation que nous regrettons».
Friedrich Merz veut rencontrer Donald Trump mercredi pour éviter une «escalade»
Tentative d’amadouement en vue. Le chancelier allemand «va essayer de rencontrer le président Trump mercredi» en marge du Forum économique mondial de Davos, affirmant vouloir «éviter autant que possible toute escalade» douanière en raison du conflit provoqué par la volonté américaine de s’emparer du Groenland. «Nous voulons simplement essayer de résoudre ce problème ensemble et le gouvernement américain sait que nous pourrions également réagir de notre côté», a dit le dirigeant conservateur.
Les tensions géopolitiques créées par Trump présentent un «risque pour l'économie mondiale», selon le FMI
Dans un entretien accordé à l’AFP, le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Pierre-Olivier Gourinchas, s’inquiète des nouvelles tensions commerciales et géopolitiques entraînées par la politique agressive de Donald Trump, qui menace de nouveaux droits de douane l’Europe si elle ne lui accorde pas la possession du Groenland : «Nous avons observé les développements des derniers jours. On s’attendait peut‑être à ce que la situation se stabilise et se normalise, mais nous voyons bien que nous vivons dans un monde où des tensions commerciales peuvent surgir, tout comme des tensions géopolitiques. Et cela constitue un risque baissier pour l’économie mondiale.»
Les menaces de Trump sur les surtaxes douanières «ne changent pas» la position du Groenland
Les menaces de surtaxes douanières agitées par Donald Trump ne changent pas la position du Groenland, soucieux de son droit à l’autodétermination face aux visées américaines, a affirmé lundi le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen. Dans un message sur Facebook, il dit se féliciter du soutien de pays étrangers vu «non pas comme une ingérence, mais comme une reconnaissance claire du fait que le Groenland est une société démocratique, avec le droit de prendre seul ses propres décisions» et «les récentes déclarations des États-Unis, y compris les menaces de droits de douane, ne changent rien à cette ligne. Nous ne nous laisserons pas mettre sous pression», dit-il.
Un sommet extraordinaire de l'UE sur les relations transatlantiques se tiendra jeudi soir
Les dirigeants européens se réuniront jeudi soir en sommet extraordinaire afin d’évoquer les menaces répétées de Donald Trump sur le Groenland et les droits de douane, a annoncé une porte-parole du Conseil. Le sommet, prévu à Bruxelles à partir de 19 heures, portera sur «les relations transatlantiques», a précisé lundi la porte-parole de cette instance, qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’UE.
La Commission européenne prône le «dialogue» plutôt que «l'escalade»
La Commission européenne a prôné ce lundi le «dialogue» plutôt que «l’escalade» face aux menaces répétées de Donald Trump sur le Groenland et les droits de douane. L’Union européenne dispose toutefois «d’outils» et est «prête à réagir», si le président américain venait à mettre ces menaces commerciales à exécution, a affirmé un porte-parole de l’exécutif européen, Olof Gill. D’après cette même source, des consultations sont en cours entre les Etats membres concernant la réponse qui sera faite à Donald Trump. Il précise qu’aucune rencontre n’est prévue au Forum économique de Davos (qui s’ouvre ce lundi) entre le dirigeant américain et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
«Les Européens ont gagné la première manche, car de facto Trump est en train de renoncer à l’option militaire»
Pour Sylvain Kahn, historien et géographe, l’Union européenne doit s’affranchir de toute dépendance à l’égard des Etats-Unis y compris en déclenchant une guerre commerciale. C’est la liberté des Européens qui est en jeu.
Interview
Emmanuel Macron convoque un Conseil de défense et sur la sécurité nationale à midi
L’Elysée a annoncé ce lundi que le président français allait convoquer un conseil de défense et de sécurité nationale sur la situation internationale à midi. Le chef de l’Etat, les chefs militaires et les ministres concernés vont notamment aborder la question du Groenland, alors que les Etats-Unis menacent de droits de douane renforcés les pays européens, dont la France, qui s’opposent à leur projet de conquérir ce territoire autonome danois. Ils vont aussi parler de la Syrie et de l’Iran.
L'Union européenne a les «outils» pour «que le chantage cesse»
Le commissaire européen Stéphane Séjourné a estimé ce lundi que l’Union européenne disposait des «outils» nécessaires pour dissuader Donald Trump d’imposer de nouveaux droits de douane. «Il faut que le chantage cesse et je pense que l’administration américaine fait une erreur importante, c’est de tester les Européens sur deux principes fondamentaux […] : l’autodétermination des peuples et la souveraineté territoriale des Etats membres de l’Union européenne», a affirmé Stéphane Séjourné sur France Inter. «Si nous n’affirmons pas cela, c’est la course et je ne sais pas où s’arrêtera ce désir de puissance et d’annexion du Groenland», a-t-il estimé, assurant que «le Groenland ne sera jamais américain».
Face à ce «cas d’école de coercition», «nous avons les outils à notre disposition et on doit s’en servir si nécessaire et si ces droits de douane étaient confirmés», a assuré le commissaire européen chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle. «Nous sommes au stade de la menace du côté américain, nous devons être au stade également de la menace au niveau européen». Le panel des mesures possibles comprend par exemple l’interdiction pour les entreprises américaines de prétendre à des marchés publics européens ou «un certain nombre de fermetures du marché européen» aux sociétés américaines. L’UE pourrait également activer un paquet de 93 milliards d’euros de droits de douane supplémentaires, actuellement gelé, à l’encontre des Etats-Unis.
«Une guerre commerciale n'est dans l'intérêt de personne», selon Keir Starmer
Le Premier ministre britannique a estimé ce lundi qu’une guerre commerciale, dont Donald Trump menace les Européens pour obtenir le territoire du Groenland, n’était «dans l’intérêt de personne». «Les alliances durent parce qu’elles sont construites sur le respect et le partenariat, pas sur la pression», a déclaré Keir Starmer lors d’une conférence de presse. «C’est pour cela que je dis qu’utiliser les droits de douane contre des alliés est une erreur totale», a-t-il ajouté, tout en estimant que les pays européens devraient investir davantage dans la défense. En revanche, le Premier ministre britannique ne pense pas que Donald Trump envisage réellement une action militaire au Groenland.
Les Bourses européennes secouées par les menaces douanières de Donald Trump
Le CAC 40 n’est pas le seul à être plombé par les menaces de surtaxes douanières du président américain. Plus largement, ce sont les marchés boursiers européens qui sont dans le rouge ce lundi matin, accusant le coup du chantage économique de Trump contre plusieurs pays du Vieux Continent qui s’opposent à sa volonté d’annexer le Groenland. Vers 9 h 20, dans les premiers échanges, Paris perdait 1,75 %, Francfort 1,46 % et Milan 1,61 %. Seul Londres limitait ses pertes à 0,41 %. «Les menaces américaines ravivent les craintes d’une escalade protectionniste à un moment déjà délicat pour la croissance», décrypte le responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank, John Plassard.
Analyse
L'envoyé spécial de Trump au Groenland désinvité à une course de chiens de traîneau
La Fédération groenlandaise de chiens de traîneau a annoncé que l’invitation, faite à son insu, à l’envoyé spécial de Donald Trump pour le Groenland en vue d’assister à une course en mars avait été annulée. La semaine dernière, la chaîne groenlandaise KNR avait rapporté que Jeff Landry avait été invité par un opérateur privé de tourisme groenlandais à la course nationale de chiens de traîneau en mars, une invitation que la fédération (KNQK) avait alors jugé «totalement inappropriée». «La KNQK a été informée que l’entreprise touristique qui avait invité le gouverneur américain Jeff Landry a retiré unilatéralement son invitation», a-t-elle écrit sur Facebook dans la nuit de dimanche à lundi. «Cela est rassurant», a-t-elle ajouté.



