La juge Aslı Kahraman a été grièvement blessée à l’aine, mais a survécu à la tentative de féminicide la visant. Alors qu’elle se trouvait dans son bureau ce mardi 13 janvier, la magistrate qui siège au tribunal régional d’appel d’Istanbul a été visée par un tir d’arme à feu. Derrière le pistolet, Muhammet Çağatay Kılıçaslan, un collègue procureur au sein du même palais de justice, qui affirme avoir entretenu une relation amoureuse avec la victime.
Selon les médias locaux, la fusillade a eu lieu à la mi-journée. D’après le site d’information Hurriyet Daily News, le procureur s’apprêtait à tirer un deuxième coup de feu sur Aslı Kahraman avant d’être finalement empêché par un homme : Yakup Karadağ, un détenu du pénitencier de Maltepe d’Istanbul, bénéficiant d’un aménagement de peine et travaillant comme serveur de thé au sein du tribunal.
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Se jetant sur l’agresseur, Karadağ est finalement parvenu à maîtriser le procureur et à l’empêcher de faire feu. Il l’a tenu en respect jusqu’à l’arrivée des secours.
Selon plusieurs médias locaux, la juge, blessée par le tir, a été transportée en urgence dans un hôpital voisin après avoir reçu des premiers soins à l’intérieur du tribunal. Elle se trouve actuellement dans un état stable, selon le média turc Sözcü. Toujours hospitalisée, elle n’a pu être entendue à ce stade.
Menaces par messages
Un document de justice cité par la chaîne de télévision étatique TRT affirme que le suspect avait menacé sa victime par messages au cours des jours précédents. Il a été interpellé sur les lieux de la fusillade par les services de police. Ce mercredi 14 janvier, la justice turque a ordonné le placement en détention provisoire du procureur qui, d’après plusieurs médias turcs, avait travaillé par le passé au sein d’un bureau de prévention des violences faites aux femmes.
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«Les femmes peuvent être victimes d’attaques par arme à feu même à l’intérieur des tribunaux […], là même où les auteurs de tels actes devraient être punis», a dénoncé sur X le groupe de défense des droits des femmes turques baptisé «Kadin Cinayetlerini» («Nous ferons cesser les féminicides»).
En Turquie, les associations s’inquiètent depuis des années du durcissement progressif de la position du régime vis-à-vis des droits des femmes. En mars 2021, Ankara s’est retirée par décret présidentiel de la convention d’Istanbul, traité international établissant un cadre légal et institutionnel pour la lutte contre les violences sexistes. Pour justifier cette décision, le gouvernement et le président Recep Tayyip Erdogan avaient alors brandi l’étendard d’une menace pour la structure familiale traditionnelle turque.
Selon l’association Kadin Cinayetlerini, au moins 294 femmes ont été tuées par des hommes en 2025 en Turquie, et 297 autres sont mortes dans des circonstances jugées suspectes.




