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Invasion

En Ukraine, le souffle de la guerre s’infiltre dans les champs et les villages

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A Staiky, situé au sud de Kyiv le long du Dniepr, les agriculteurs s’inquiètent pour leur saison. Les habitants ont auto-organisé la défense de leur localité et l’accueil des déplacés.

Un employé d’une coopérative agricole dans le village de Staiky, au sud de Kyiv samedi. (Rafael Yaghobzadeh/Libération)
ParCélian Macé
envoyé spécial à Staiky, au sud de Kyiv
Publié le 28/03/2022 à 17h08

Le grand vent dessine des rides mouvantes à la surface du Dniepr. En surplomb du fleuve, Aleksander Medvedev, 61 ans, retient sa casquette d’une main. Il a tenu à conduire son 4x4 jusqu’au milieu de son champ pour faire sentir la douceur de sa terre sous les roues du véhicule. Le labour, récent, est l’œuvre de son fils, Evgueny, et de son tracteur Lamborghini. Dans quelques semaines, les deux hommes pourront planter leurs concombres. Puis à l’été, au moment de la récolte, ils en extrairont les graines. Elles assurent la fortune de la famille, qui produit 70 % des graines de concombres d’Ukraine.

«Ce n’est pas encore la période de pleine activité, reconnaît Evgueny. Mais pour les agriculteurs, le plus important est de pouvoir prévoir. La guerre empêche précisément ça, elle rend le futur incertain.» L’avenir de ses concombres est suspendu à l’avancée de l’armée russe. Pour le moment, les troupes du Kremlin sont bloquées aux abords de Kyiv, leur objectif principal, 70 kilomètres au nord du village de Staiky, où Aleksander et Evgueny exploitent 100 hectares de terre qu’ils partagent entre le blé, le soja et les précieux concombres. «On ne sait pas si les travailleurs saisonniers pourront venir cette année, on ne sait pas si on aura encore du gazole, et on ne sait pas si on pourra exporter notre production, énumère l’exploitant. Le carburant provenait du Bélarus, ou des ports de la mer Noire : les deux voies d’approvisionnement sont coupées. Le gouvernement

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