Décidément, les annonces en faveur d’un réarmement de la France se succèdent à un rythme accéléré : après les propos, largement commentés voire critiqués, du chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, qui avait déclaré mardi que «la France doit accepter de perdre des enfants» pour répondre à la montée des périls sur le continent européen, Emmanuel Macron a non seulement réitéré samedi sa confiance au général Mandon, mais a également enfoncé le clou.
En déplacement à Johannesburg, en Afrique du Sud, où il assistait au premier G20 jamais organisé sur le continent africain, le président français a confirmé, ce dimanche 23 novembre en marge de ce sommet, qu’il envisageait l’instauration d’un service militaire volontaire pour faire face à un monde «fait d’incertitudes», sur fond de guerre aux portes de l’Europe.
Evoquant une «montée des tensions», alors que le plan de paix américain pour mettre un terme à la guerre en Ukraine n’offre que peu de garanties pour instaurer une paix durable, Emmanuel Macron semble surtout acter le désengagement de Washington pour préserver l’Europe d’une extension du conflit. «Si nous voulons véritablement être en sécurité, il faut dissuader l’autre de venir […] La France doit continuer d’être une nation forte avec une armée forte mais avec aussi une capacité de sursaut collectif», a-t-il déclaré depuis Johannesburg.
10 000 à 50 000 personnes envisagées
Le projet d’un rétablissement du service militaire, même volontaire, est en réalité à l’étude depuis plusieurs mois. Et devrait être précisé officiellement ce jeudi 27 novembre. Emmanuel Macron avait introduit cette idée le 13 juillet, devant un parterre de hauts gradés. Face à une Europe «mise en danger» par la «menace durable» de la Russie, «il faut une nation capable de tenir, d’être mobilisée», avait-il alors estimé, en promettant des «décisions en ce sens à l’automne».
Si les pays baltes et scandinaves, voisins du géant russe, ont maintenu ou rétabli ces dernières années le service militaire obligatoire, la France a jusqu’à présent maintenu la suspension de la conscription, décidée en 1997 sous la présidence de Jacques Chirac. «De nombreux voisins en Europe sont en train de réintroduire un service national», a ainsi rappelé samedi sur France 5 le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, estimant que cela faisait partie d’«éléments qui sont à observer dans notre pays».
Interrogé par l’AFP, le ministère des Armées n’a pas souhaité s’exprimer sur les contours de ce service et sa durée, tout comme sur son coût. Il y a des «travaux en ce sens», a simplement indiqué ce dimanche sur France Info Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées.
Mais différents scénarios envisagent un volume de 10 000 à 50 000 personnes par an, selon plusieurs sources proches du dossier. La durée de ce service volontaire serait de dix mois et serait rémunérée à hauteur de plusieurs centaines d’euros. Les armées françaises comptent environ 200 000 militaires d’active et 47 000 réservistes, et doivent passer à respectivement 210 000 et 80 000 personnes en 2030. La mobilisation sur la base du volontariat d’une partie d’une classe d’âge pourrait servir à répondre aux besoins d’«acquérir la masse» nécessaire pour tenir dans la durée en cas de conflit, estimait cet été le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre.
Bardella «favorable»
L’idée est saluée par une partie de la classe politique française. «Tout ce qui peut participer à l’esprit de défense, à la résilience nationale et à exprimer le sentiment patriotique qui sommeille dans la population est positif», a commenté dans la Tribune dimanche le président de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Cédric Perrin (Les Républicains). A l’extrême droite, le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, s’est dit mercredi sur X «favorable» au rétablissement d’un service sous les drapeaux, «en commençant par un service militaire ouvert aux volontaires».
Patrick Kanner, le président du groupe socialiste au Sénat, reste lui plus circonspect. «Je suis très prudent en la matière […] Je crois à l’armée de métier aujourd’hui. Après, si les jeunes veulent s’engager pour la nation, naturellement, j’y suis favorable», a-t-il déclaré dimanche à France 3. Mais ce réveil militariste laisse aussi beaucoup d’observateurs circonspects.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ne manquent pas, eux, de rappeler qu’Emmanuel Macron n’a pas fait de service militaire et que d’autres «guerres» menacent la France. Comme celle contre les narcotrafiquants, sur fond de délabrement social, qui a donné lieu à un rassemblement samedi à Marseille en hommage à Mehdi Kecassi, où de nombreux représentants de la classe politique étaient présents dans une rare communion nationale.




