Nuuk après Copenhague, le Danemark et le Groenland liés contre les ambitions américaines. La manifestation «Le Groenland n’est pas à vendre» a commencé, cet après-midi dans la plus grande ville du Groenland, après que plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés un peu plus tôtà Copenhague au Danemark pour dénoncer les ambitions territoriales de Donald Trump, qui continue d’afficher son intention de s’emparer du Groenland. Dans la capitale du territoire semi-autonome, quelques milliers de manifestants (considérable proportion pour un territoire qui compte 57 000 habitants), dont le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen, sont rassemblés, coiffés pour l’essentiel de casquettes «Make America Go Away», détournement du trumpiste «Maga». Le signe de l’immense rejet que suscite sur le territoire l’approche américaine, rejetée par 85% de la population.
Plus tôt dans la journée, une foule de plusieurs milliers de personnes avaient défilé à Copenhague sous un ciel gris et brumeux. Munis de drapeaux groenlandais et danois, ils formaient une marée rouge et blanche sur la place de l’hôtel de ville, scandant le nom du Groenland en Groenlandais : «Kalaallit Nunaat !»
Analyse
Des pancartes étaient brandies par les manifestants sur lesquelles on pouvait lire «Make America Go Away», un détournement du slogan MAGA, ou encore «Les Etats-Unis ont déjà assez de glace». D’autres manifestations sont prévues dans le pays scandinave, à Aarhus (centre), Aalborg (nord) et Odense (sud), à l’initiative de plusieurs organisations groenlandaises.
«C’est important pour moi d’y participer, car il s’agit fondamentalement du droit du peuple groenlandais à l’autodétermination. On ne peut pas être intimidé par un Etat, par un allié. C’est une question de droit international», a expliqué Kirsten Hjoernholm, 52 ans, employée de l’ONG Action Aid Danemark, venue manifester à Copenhague samedi.
Visite de parlementaires américains
Depuis son retour au pouvoir, il y a un an, Donald Trump évoque régulièrement la prise de contrôle de l’immense île arctique rattachée au Danemark, stratégique, mais peu peuplée. Il a assuré qu’il s’en emparerait «d’une manière ou d’une autre», pour contrer selon lui les avancées russes et chinoises en Arctique.
Vendredi soir, son proche conseiller Stephen Miller a réaffirmé les vues américaines sur ce territoire. «Le Groenland est grand comme un quart des Etats-Unis. Le Danemark, sans lui manquer de respect, est un petit pays avec une petite économie et une petite armée. Il ne peut pas défendre le Groenland», a-t-il déclaré sur Fox News.
Reportage
Les organisateurs Uagut, le mouvement citoyen «Ne touchez pas au Groenland» et Inuit - un regroupement d’associations locales groenlandaises - veulent profiter de la présence d’une délégation du Congrès américain à Copenhague pour faire entendre leurs voix. A Copenhague, onze parlementaires du Congrès américain ont au contraire affiché leur soutien, au dernier jour de leur visite où ils ont rencontré la Première ministre danoise, le chef du gouvernement groenlandais, des chefs d’entreprise et des représentants au Parlement danois.
Le sénateur démocrate Chris Coons, qui dirige la délégation, a salué samedi devant la presse «225 années» d’alliance avec le Royaume du Danemark. Il a assuré qu’il n’existait «pas de menaces immédiates pesant sur le Groenland». «Mais nous partageons de réelles préoccupations concernant la sécurité dans l’Arctique à l’avenir, à mesure que le climat change, que la banquise recule et que les routes maritimes évoluent», a-t-il dit, soulignant qu’il fallait «examiner des moyens de mieux investir dans la sécurité arctique».
Les protestations samedi interviennent trois jours après une réunion à Washington où les autorités danoises ont constaté l’impossibilité de s’entendre dans l’immédiat avec les dirigeants américains sur l’avenir du territoire autonome. Alors que plusieurs dirigeants européens ont affiché leur soutien au Danemark, membre fondateur de l’Otan, le président américain a menacé vendredi de droits de douane les pays qui ne soutiendraient pas son plan visant à acquérir le Groenland.
85 % des Groenlandais opposés
«Les événements récents ont mis le Groenland et les Groenlandais, tant au Groenland qu’au Danemark, sous pression», a constaté Julie Rademacher, présidente du mouvement Uagut. «Lorsque les tensions montent et que les gens sont en état d’alerte, nous risquons de créer plus de problèmes que de solutions», a-t-elle relevé.
La France, la Suède, l’Allemagne et la Norvège, rejoints par les Pays-Bas, la Finlande, la Slovénie et le Royaume-Uni, ont annoncé cette semaine l’envoi de personnel militaire pour une mission de reconnaissance qui s’inscrit dans le cadre de l’exercice danois «Arctic Endurance» organisé avec des alliés de l’Otan.
Les Etats-Unis ont été invités à participer à des exercices militaires au Groenland, a affirmé vendredi soir le chef du Commandement arctique danois, assurant que ces manœuvres se déroulaient en rapport avec la Russie.




