Face aux incertitudes sur les approvisionnements en gaz russe, l’Europe se prépare à une économie de guerre. Malgré la réouverture de Nord Stream 1, ce gazoduc qui relie la Russie au continent, les craintes d’une crise énergétique sur le long terme demeurent au sein de l’Union européenne (UE). Thierry Bros, professeur à Sciences-Po et spécialiste des questions énergétiques, décrypte les effets du plan de Bruxelles visant à diminuer de 15 % la demande européenne de gaz d’ici mars 2023.
Peut-on craindre une coupure totale du gaz russe vers l’Europe ?
Je ne crois pas. S’il fait ce choix, Vladimir Poutine se priverait d’un revenu de 100 millions d’euros par jour – une somme non négligeable pour son effort de guerre – et donnerait raison à l’Union européenne, qui a déjà anticipé un tel scénario. Depuis le début de l’invasion, le président russe joue au jeu du chat et de la souris en misant sur le principe d’incertitude. Mais les dés sont déjà jetés. Il est le maître du jeu. C’est ce que les pays européens ont constaté lorsqu’il leur a demandé de payer le gaz russe en roubles. La plupart ont été tellement inquiets qu’ils ont accepté de se




