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Libération
Guerre en Ukraine

L’Union européenne gèle indéfiniment les avoirs russes détenus en Europe

Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, avait réaffirmé ce vendredi 12 décembre l’importance de l’immobilisation de plus de 200 milliards d’euros d’avoirs pour «accélérer la paix». Les Vingt-Sept ont entériné une décision en ce sens.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, à l'Assemblée nationale, le 10 décembre. (Julien de Rosa/AFP)
Publié le 12/12/2025 à 10h36, mis à jour le 12/12/2025 à 20h52

Une sanction qui pourrait «infléchir le cours de la guerre». Le gel des plus de 200 milliards d’euros d’avoirs de la Russie placés en Europe a été définitivement validé par les Vingt-Sept, ce vendredi 12 décembre à Bruxelles. La décision permettra d’immobiliser ces actifs souverains russes aussi longtemps que nécessaire au lieu de voter tous les six mois sur la prolongation du gel des avoirs. Ce qui écarte, de facto, le risque que la Hongrie et la Slovaquie, qui ont de meilleures relations avec Moscou que les autres Etats de l’UE, refusent de revenir sur le gel à un moment donné, obligeant ainsi l’UE à rembourser l’argent à la Russie.

Au micro de France Info, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait appelé dans la matinée de ses vœux le maintien de la sanction, qui doit selon lui durer «jusqu’à ce que la Russie cesse sa guerre d’agression et verse des réparations à l’Europe». Au début de la guerre de la Russie en Ukraine, en 2022, ces actifs russes ont été immobilisés pour une durée de six mois, renouvelable tous les six mois, à condition que tous les pays membres de l’Union soient d’accord. «Ce qui suppose que si un pays s’y oppose, la Russie pouvait à tout moment récupérer ses sommes», a développé Jean-Noël Barrot sur France Info, rappelant : «Ce que nous voulons, c’est la sécurité pour l’Europe et les Européens».

Menace d’une récupération par les Etats-Unis

Techniquement, les 27 pays de l’UE avaient déjà décidé jeudi 11 décembre de pérenniser les sanctions contre Moscou qui servent de base juridique à l’immobilisation des actifs russes, selon la présidence danoise de l’UE. Mais la décision «majeure» devait encore être confirmée à l’issue d’une procédure écrite et «va sans doute infléchir le cours de cette guerre et accélérer la paix», a estimé le chef de la diplomatie française.

La sanction, désormais maintenue, permettra d’éviter que «d’autres que les Européens» décident à la place des Européens «du sort de la destination de ces sommes», a également souligné le ministre français, en référence au fait que l’administration américaine de Donald Trump a envisagé d’utiliser ces avoirs pour des investissements qui profiteraient aux entreprises américaines.

Cette immobilisation sans limite de temps permet en effet d’envisager de nouvelles aides pour l’Ukraine, «y compris la constitution d’un paquet de financements […] qui pourrait aboutir à la fin de la semaine prochaine à mettre l’Ukraine à l’abri de toute difficulté pendant au moins deux ans, si toutefois la guerre devait se poursuivre», a également commenté Jean-Noël Barrot.

L’avenir de la mesure compromis par la Belgique

Le prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept se tiendra ensuite à Bruxelles, le 18 décembre, pour discuter de leur plan de financement de l’Ukraine, avec l’utilisation éventuelle des avoirs russes gelés.

Un dialogue jusqu’ici difficilement amorcé : les Européens butent sur l’opposition de la Belgique, qui abrite l’essentiel de ces avoirs de la Banque centrale russe. En l’absence de garanties «très solides» de la part des autres pays de l’UE, le Premier ministre belge, Bart De Wever, a dit refuser que son pays soit le seul à payer «les pots cassés en cas de problème».

Mais le gel des avoirs pour une durée indéterminée est destiné à aider à convaincre la Belgique de soutenir le plan de l’UE d’utiliser l’argent russe gelé pour accorder un prêt pouvant atteindre 165 milliards d’euros à l’Ukraine afin de couvrir ses besoins budgétaires militaires et civils en 2026 et 2027. Le prêt ne serait remboursé par l’Ukraine que lorsque la Russie paiera les dommages de guerre à Kyiv, ce qui fait du prêt une subvention qui avance les futurs paiements des réparations russes.

Mise à jour à 20 h 52 avec le gel des avoirs russes en Europe pour une durée indéterminée.

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