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Reportage

Ukraine: au théâtre de Zaporijia, «toute la culture fait la guerre»

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L’effort de guerre est embrassé par toute la population ukrainienne et notamment les artistes, comme dans un théâtre du sud du pays, où tout le personnel se mobilise pour fabriquer des fournitures pour le front, tout en essayant de distraire les enfants traumatisés par le conflit.

Dans le théâtre de Zaporijia, samedi, le personnel confectionne des filets de camouflage pour les soldats ukrainiens. (William Keo/Magnum Photos pour Libération)
ParVeronika Dorman
Envoyée spéciale à Zaporijia (Ukraine)
Publié le 06/04/2022 à 21h14

L’entrée principale du théâtre académique et musical de Zaporijia est fermée depuis six semaines. Sous les imposantes colonnades néoclassiques, tous les rideaux sont tirés. A l’affiche, rien. De l’extérieur, aucun signe de vie. Mais derrière les lourdes portes en bois, les sous-sols et les sous-pentes de ce haut lieu de la vie culturelle locale abritent une véritable ruche. Les 200 employés – comédiens, équipes artistiques, techniciens, ouvreuses – au chômage technique depuis le début de la guerre le 24 février sont mobilisés pour une grosse production d’un genre particulier. Du matin jusqu’à la tombée du jour, ils fabriquent du matériel pour le front.

Svetlana Bondarenko, la cheffe de la production artistique, une dame replète à la voix rauque, en plus de coordonner toutes les activités de cette manufacture improvisée, confectionne des cagoules, dans le petit atelier des costumières. La machine à coudre de la couturière Marina Bilyk pique inlassablement des bandes de tissu blanc : jusqu’à mille garrots par jour, qu’une régisseuse empaquette soigneusement, avec des gestes automatiques et précis, dans du film plastique, en ajoutant un petit bâton pour faire tourniquet. «Notre travail est indispensable, nos garçons sur le front en ont besoin, les médecins manquent toujours de garrots. L’idée de partir ne m’a jamais traversé l’esprit, tant que je peux être utile ici», explique Marina. Sa fille vit en Pologne depuis huit ans et l’a suppliée de quitter le pays attaqué par l

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