Une arme de terreur. Le ministère russe de la Défense a annoncé ce vendredi 9 janvier avoir mené «des frappes massives» en Ukraine dans la nuit, avec des centaines de drones et de missiles, dont le missile hypersonique Orechnik pour la deuxième fois. Présenté par la Russie comme une «arme de haute précision à longue portée», celui-ci peut transporter une charge nucléaire - rien ne semble montrer que cela ait été le cas ici.
L’attaque
L’armée de l’air ukrainienne dit avoir recensé 36 missiles et 242 drones russes dans la nuit, et avoir abattu respectivement 18 et 226 d’entre eux. Le ministère de la Défense russe dit avoir mené cette attaque «en réponse à l’attentat terroriste perpétré par le régime de Kyiv» contre une résidence de Vladimir Poutine fin décembre. L’Ukraine, de son côté, ne cesse de répéter que cette accusation était un «mensonge», ce que confirmeraient les services de renseignements américains.
«Une telle attaque à proximité de la frontière de l’Union européenne et de l’Otan représente une menace grave pour la sécurité du continent européen et un test pour l’alliance transatlantique», a souligné sur les réseaux sociaux le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiga.
Ces nouvelles frappes interviennent alors que les discussions diplomatiques impulsées par Donald Trump ces derniers mois sur ce conflit semblent bloquées. Le président Volodymyr Zelensky avait prévenu jeudi soir du risque d’une «attaque massive russe» imminente après que la Russie a rejeté un plan européen de déploiement d’une force multinationale en Ukraine, destinée à garantir la sécurité du pays après une éventuelle fin de la guerre.
Les conséquences
Les bombardements ont fait au moins 4 morts et 24 blessés à Kyiv, selon le chef de l’administration militaire régionale ukrainienne. Selon le président Volodymyr Zelensky, un drone russe a notamment endommagé l’ambassade du Qatar à Kyiv, ainsi que 20 immeubles résidentiels et des infrastructures énergétiques.
Dans le courant de la matinée, «la moitié» des immeubles d’habitation de la capitale ukrainienne se sont retrouvés sans chauffage et que certains ont aussi des problèmes d’approvisionnement en eau, a affirmé le maire Vitali Klitschko. Sur la messagerie Telegram, il a ainsi exhorté les habitants à quitter temporairement Kyiv s’ils disposaient d’autres sources d’électricité et de chauffage en dehors de la ville.
La cible du missile Orechnik
Le ministère russe de la Défense affirme que le missile hypersonique Orechnik a touché «une cible stratégique», sans donner de localisation précise. Il pourrait avoir ciblé l’ouest de l’Ukraine, à la frontière avec la Pologne - membre de l’UE et de l’Otan. Le gouverneur de la région de Lviv, Maksym Kozytskyi, a déclaré qu’une infrastructure critique avait été touchée. Le missile «volait à une vitesse de près de 13 000 kilomètres par heure», a ajouté le maire de Lviv Andriï Sadovy sur Telegram, citant les informations de l’armée. Selon les médias locaux, Stryi, un gisement gazier doté d’un immense site de stockage, était probablement la cible visée.
Des correspondants de guerre russes ont diffusé une vidéo montrant prétendument le moment où l’Orechnik a frappé sa cible dans l’ouest de l’Ukraine. Filmée dans un paysage enneigé, on y voit ce qui semble être six éclairs frapper le sol, suivis d’une forte détonation et d’une série d’explosions. L’authenticité de cette vidéo n’est toutefois pas encore confirmée.
🇺🇦/🇷🇺 La région de Lviv a été attaquée par ce qui semble être un missile « Oreshnik » cette nuit.
— Cyrille Amoursky (@AmourskyCyrille) January 9, 2026
Les dégâts ne sont pas connus.
C’est la 2e fois que la Russie utilise ce missile en Ukraine.
Mais bon, continuons à parler de l’après-guerre plutôt que des solutions actuelles. pic.twitter.com/q0WNTfnHuY
Les dégâts ne sont pas encore clairs. le maire de Lviv n’a pas fait état de victimes, disant simplement que l’attaque avait déclenché un système de sécurité automatique de gaz interrompant l’approvisionnement pour plusieurs centaines d’habitants du village de Roudné. Les médias russes ont de leur côté affirmé que l’attaque avait touché un gros dépôt gazier.
Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont diffusé ce vendredi à la mi-journée des images de débris présentés comme ceux du missile russe Orechnik ayant ciblé «la région de Lviv». Parmi les débris figurent des éléments de stabilisation et de guidage du missile, ainsi que des pièces de moteur, a affirmé le SBU dans un communiqué, sans citer de cible précise. «En ciblant des infrastructures civiles dans notre pays, près de la frontière avec l’Union européenne, le Kremlin a tenté de détruire les systèmes vitaux de la région», ont souligné les services de sécurité ukrainiens, dénonçant un «crime de guerre».
СБУ продемонструвала уламки «Орєшніка», яким рф атакувала Львівщину і кваліфікує цей удар як воєнний злочин
— СБ України (@ServiceSsu) January 9, 2026
➡️ https://t.co/DQsIgiwQdh pic.twitter.com/J6MJfPEwZ6
Les détails du missile Orechnik
L’Ukraine redoutait que la Russie utilise de nouveau l’Orechnik, un missile qui, selon le président russe, peut atteindre la vitesse de Mach 10, soit plus de 12 000 km/h. Ce type d’arme hypersonique a la spécificité d’être plus difficile à détecter. L’Orechnik a été utilisé pour la première fois avec des têtes conventionnelles en novembre 2024 contre la ville de Dnipro, dans le centre-est de l’Ukraine. Mais il est aussi capable de frapper avec des ogives nucléaires des cibles à plusieurs milliers de kilomètres. Le missile a été déployé mi-décembre au Bélarus, pays allié de la Russie.
Interview
Vladimir Poutine en avait vanté les prouesses lors d’une conférence de presse en novembre 2024. Il décrivait notamment une arme terriblement destructrice et évoquait son utilisation possible «contre des cibles militaires, des installations militaro-industrielles ou des centres de décision, y compris à Kyiv». Il encensait également la puissance de feu de cette arme de portée intermédiaire capable de frapper partout en Europe : «Si l’on utilise plusieurs de ces systèmes en une frappe – deux, trois, quatre – alors, du point de vue de sa puissance, c’est comparable à l’usage d’une arme nucléaire.»
Les réactions
Le tir d’un missile Orechnik par la Russie en Ukraine est le signe «clair» d’une «escalade» de la part de Moscou et un «avertissement» lancé à l’Europe et aux Etats-Unis, a souligné ce vendredi midi la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas. Le tir de ce missile hypersonique de dernière génération, démontre que Vladimir Poutine «ne veut pas la paix ; la réponse de la Russie à la diplomatie, ce sont davantage de missiles et de destruction», a-t-elle déclaré sur X.
Dans le même temps, l’Allemagne a aussi condamné ce tir. «La Russie poursuit ici une escalade» qui n’a pas été «provoquée» par l’Ukraine, a regretté un porte-parole du gouvernement, Steffen Meyer, ajoutant que Berlin restait «résolument aux côtés de l’Ukraine».
Les attaques «continues» de la Russie, «y compris l’utilisation d’un missile balistique de portée intermédiaire Orechnik dans l’ouest de l’Ukraine», représentent «une escalade et sont inacceptables», ont convenu peu après Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer lors d’un appel téléphonique, selon une porte-parole de Downing Street.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a également condamné les attaques russes dans un communiqué de son porte-parole : «Le secrétaire général condamne fermement les attaques ciblées de missiles et de drones par la Fédération de Russie contre les infrastructures civiles ukrainiennes», selon le texte. «Les attaques contre des civils et des infrastructures civiles violent le droit international humanitaire. Peu importe où elles se produisent, elles sont inacceptables et doivent cesser immédiatement», ajoute-t-il.




