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Scrutin

Guerre en Ukraine : les Etats-Unis mettent la pression sur Kyiv pour la tenue d’une élection présidentielle

Selon le «Financial Times», l’administration Trump exigerait que l’Ukraine organise un scrutin avant le 15 mai, sous peine de perdre des garanties de sécurité.

Volodymyr Zelensky, à Kyiv, le 3 février 2026. (Genya Savilov/AFP)
Publié le 11/02/2026 à 17h03, mis à jour le 11/02/2026 à 19h16

Un scrutin en temps de guerre ? L’Ukraine aurait commencé à planifier une élection présidentielle sous la pression de l’administration Trump, qui exige deux scrutins avant le 15 mai, rapporte le Financial Times du mercredi 11 février. La Maison Blanche pousse aussi Kyiv à conclure des négociations de paix avec la Russie avant le printemps. Une information démentie par Volodymyr Zelensky qui a affirmé que son pays n’organisera des élections qu’après «un cessez-le-feu» et l’obtention de «garanties de sécurité».

«Ils disent qu’ils veulent tout faire d’ici juin… afin que la guerre prenne fin», a déclaré le 6 février le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la presse, citant le désir de Washington de se concentrer sur les élections de mi-mandat américaines, prévues en novembre.

La tenue d’une élection présidentielle en Ukraine marquerait un revirement politique spectaculaire pour Volodymyr Zelensky, qui a maintes fois affirmé qu’un tel scrutin était impossible tant que le pays restait sous loi martiale, que des millions d’Ukrainiens étaient déplacés et qu’environ 20 % du territoire était sous occupation russe.

Mais selon des responsables ukrainiens et européens, Volodymyr Zelensky aurait bien l’intention d’annoncer, le 24 février (date anniversaire du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de la Russie), la tenue prochaine de cette élection et d’un référendum sur la fin de la guerre. De fait, le président ukrainien cherche depuis longtemps à soumettre tout accord de paix à un vote national, afin d’en garantir la légitimité.

Toutefois, le calendrier et l’ultimatum américain ont peu de chances d’être respectés, car ils dépendent de plusieurs facteurs, notamment des velléités du président russe de parvenir à un accord. Donald Trump a répété que les garanties de sécurité de la part des Etats-Unis – pour dissuader Moscou d’attaquer à nouveau après la signature d’un accord de paix – dépendraient de ses conclusions, qui impliqueraient probablement la cession de la région du Donbass à la Russie. Volodymyr Zelensky, lui, a jusqu’à présent résisté aux appels à céder du territoire, déclarant la semaine passée que l’Ukraine «resterait sur ses positions».

Modifications juridiques

Le calendrier pourrait également être perturbé si la Russie intensifie ses attaques contre les infrastructures critiques de l’Ukraine et son offensive terrestre dans le Sud-Est, où ses forces progressent mais subissent d’énormes pertes. D’autant plus que Vladimir Poutine a insisté sur le fait qu’il continuerait à poursuivre ses objectifs, notamment la prise du Donbass par la force.

Pour tenter de répondre aux exigences américaines, le parlement ukrainien passerait les mois de mars et avril à examiner les modifications juridiques nécessaires pour permettre le vote en temps de guerre. «Six mois de préparation pour les élections, ce n’est pas le maximum [de temps nécessaire], c’est le minimum», a expliqué Olha Aivazovska, présidente du conseil d’administration d’OPORA, un groupe de réflexion basé à Kyiv qui conseille les autorités sur la gouvernance démocratique, la législation électorale et la réforme parlementaire. Selon elle, sans cessez-le-feu, la Russie pourrait facilement perturber le scrutin. Par exemple, l’omniprésence des drones russes «menace les bureaux de vote dans toute l’Ukraine», a-t-elle assuré. «Il n’y a jamais eu de situation comme celle-ci. C’est tout à fait sans précédent», a-t-elle ajouté.

De nombreux politiciens s’opposent également à la tenue d’élections avant la conclusion d’un accord de paix durable soutenu par de solides garanties de sécurité, car une telle initiative risquerait d’exacerber les divisions politiques internes. «La compétition politique pendant la guerre est néfaste», a ainsi déclaré le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, auprès du Financial Times. «Nous pouvons détruire le pays de l’intérieur… [ce qui est] l’objectif de la Russie.»

Selon des proches de Volodymyr Zelensky, celui-ci estime que sa meilleure chance d’être réélu est cette année, surtout si le scrutin coïncide avec un référendum. En organisant les deux votes en même temps, Zelensky serait également susceptible d’assurer un taux de participation plus élevé. Le soutien public au chef d’Etat ukrainien, bien que toujours important, a diminué par rapport au niveau quasi unanime d’il y a quatre ans, selon les sondages nationaux, en raison de la lassitude face à la guerre et aux scandales de corruption au sein du cercle restreint du président.

Par ailleurs, l’Ukraine a besoin qu’au moins la moitié des personnes inscrites sur les listes électorales avant la guerre participent au scrutin, afin de garantir que le résultat soit reconnu à l’international et ne donne à personne – en particulier à la Russie – une raison de contester la validité des résultats. «Si nous nous trompons… si nous précipitons les choses, nous porterons gravement atteinte à la qualité et à l’intégrité future de notre processus démocratique», a prévenu Olha Aivazovska. «Et cela sera considéré comme illégitime.»

Mise à jour le 11 février avec la réaction du président ukrainien.

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