Les négociateurs ukrainiens et russes ont commencé jeudi 5 février une seconde journée de pourparlers sous l’égide des Américains à Abou Dhabi (Emirats arabes unis), visant à mettre fin à près de quatre ans de guerre sanglante en Ukraine.
«Il y a sans aucun doute des progrès» dans ces pourparlers, a déclaré à la presse l’émissaire du Kremlin pour les questions économiques, Kirill Dmitriev, sans donner de détails. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a précisé mercredi soir, au terme de la première journée de discussions, tabler sur un nouvel échange de prisonniers «dans un avenir proche». C’est d’ailleurs le seul résultat concret auquel les deux camps étaient parvenus lors de précédents pourparlers en Turquie en 2025.
Abandon de la région de Donetsk
Kirill Dmitriev a par ailleurs accusé des «instigateurs de la guerre en provenance d’Europe […] d’entraver ce processus» de négociations avec Kiyv, sans fournir de précisions. Mercredi, la Russie a d’ailleurs de nouveau réclamé que l’Ukraine se plie à ses exigences, renforçant les doutes sur les chances de succès des efforts diplomatiques menés sous l’impulsion du président américain, Donald Trump. «Tant que le régime de Kiyv n’aura pas pris la décision appropriée, l’opération militaire spéciale se poursuivra», a averti le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
Analyse
Moscou exige notamment que Kiyv abandonne l’intégralité de la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, y compris les zones contrôlées par l’armée ukrainienne, en échange d’un éventuel gel de la ligne de front.
Dans une interview diffusée par France 2 mercredi soir, Zelensky a de son côté estimé que Moscou devrait sacrifier 800 000 hommes supplémentaires pour achever de conquérir militairement cette région. «Il leur faudra deux ans au minimum avec une progression très lente. A mon avis, ils ne tiendront pas aussi longtemps», a-t-il souligné.
Le président ukrainien a toutefois reconnu que le conflit pesait également lourdement sur son pays, avec «un grand nombre de disparus» et «55 000» militaires ukrainiens tués. Selon certaines estimations, il s’agit de dizaines de milliers de soldats portés disparus.
Mais Kiyv se refuse à abandonner la région, où sont situées ses principales défenses face aux assauts russes, tout en craignant que Washington n’appuie la position de Moscou. Durant les pourparlers, auxquels participent l’émissaire américain Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, la Russie maintient la pression sur les populations civiles ukrainiennes. Mercredi, une frappe russe sur un marché dans la ville de Droujkivka, dans l’est de l’Ukraine, a fait au moins sept morts et quinze blessés, selon le gouverneur régional.
«La pure démocratie ne peut pas vaincre Poutine»
Après une brève pause obtenue sur requête du président américain, Moscou a par ailleurs repris mardi ses frappes sur les infrastructures énergétiques du pays, entraînant des coupures de chauffage et d’électricité pour des centaines de milliers de foyers, par des températures frôlant les -20 °C. La Russie cible également les voies ferrées avec l’objectif «de couper certaines régions d’Ukraine et de semer la peur dans l’esprit des populations», a déclaré mercredi le chef de la société nationale ferroviaire Ukrzaliznytsia, Oleksandr Pertsovsky.
Décryptage
«Poutine n’a peur que de Trump» et pas des Européens, a jugé mercredi Zelensky sur France 2 ajoutant que le dirigeant américain a «un moyen de pression par l’économie, par les sanctions, par les armes qu’il pourrait nous transférer». En comparaison, il a avancé que l’«Europe est très démocratique, elle veut donner la parole à chacun des pays. Mais la démocratie, la pure démocratie, ne peut pas vaincre Poutine aujourd’hui car il ne respecte pas les règles de la guerre». Et d’ajouter que «l’intérêt de Poutine, c’est d’humilier l’Europe». «Si l’Ukraine ne [l’]arrête pas, il va envahir l’Europe», a-t-il finalement alerté.




