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Guerre en Ukraine : pour les Européens, sommet de rattrapage après l’outrage de Trump

Face à la mainmise américaine sur les négociations avec Kyiv, une réunion doit se tenir lundi 8 décembre à Londres autour du président Zelensky. Emmanuel Macron en sera, aux côtés des chefs de gouvernement du Royaume-Uni, Keir Starmer, et de l’Allemagne, Friedrich Merz.

Emmanuel Macron accueille Volodymyr Zelensky à l'Elysée le 1er décembre. (Stephane Sakutin/AFP)
Publié le 08/12/2025 à 4h23

Des poignées de main, une flopée de tapes viriles dans le dos, des flashs de photojournalistes et puis quoi ? Des images mais pour quelle bande-son ? Mis sur la touche de manière on ne peut plus spectaculaire par l’administration Trump, qui a décidé de mener ses propres négociations sur une très hypothétique «paix» en Ukraine, les Européens veulent encore croire qu’ils peuvent revenir dans le jeu pour peser sur le contenu des discussions et l’avenir du pays.

C’est la principale interprétation de ce qui s’apparente à un mini-sommet de rattrapage lundi 8 décembre à Londres autour du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Emmanuel Macron en sera, aux côtés du Premier ministre britannique, Keir Starmer, et du chancelier allemand, Friedrich Merz. Leur ordre du jour est un aveu en soi : il s’agira de faire de ce côté de l’Atlantique le point sur «les négociations en cours dans le cadre de la médiation américaine», principalement à Miami après une entrevue à Moscou entre l’émissaire de Trump, Steve Witkoff, et Vladimir Poutine.

«Les Européens seront nécessairement un pilier important de la solution juste et durable que nous sommes en train de bâtir tous ensemble», a fait valoir le président français samedi soir à l’adresse des Etats-Unis.

Trump «déçu» par Zelensky

Pourtant, dans la nuit de dimanche à lundi, Donald Trump a de nouveau blâmé Volodymyr Zelensky. Prenant un peu de son temps d’animateur d’une soirée de gala à Washington pour se consacrer aux affaires du monde, le président républicain s’est dit «déçu que le président Zelensky n’ait pas encore lu la proposition» américaine en vue d’un règlement en Ukraine. «Cela convient à la Russie, vous savez je pense que la Russie préférerait avoir tout le pays», mais «je ne suis pas sûr que cela convienne à Zelensky», a-t-il lâché.

Cette rencontre de Londres survient trois jours après la publication de la nouvelle stratégie de sécurité américaine, dans laquelle le mépris envers l’Europe, qui suinte des discours de Donald Trump et J. D. Vance depuis fin janvier, est désormais écrit en toutes lettres. Soutenant la vision des extrêmes droites européennes, Washington y dénonce pêle-mêle des entraves aux libertés, politique ou d’expression, les «asphyxies réglementaires» ou encore «la chute des taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales».

Du miel aux oreilles de la Russie, qui a bien noté que ces quelque 30 pages passaient totalement sous silence son statut d’agresseur de l’Ukraine et de menace pour une grande partie de la planète. Les orientations de la stratégie américaine «sont globalement conformes à notre vision», a pu déclarer dimanche sans ciller le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

«Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent [européen] sera méconnaissable dans vingt ans ou moins», prédit le document qui promet également qu’il n’y aura pas d’élargissement de l’Otan, anéantissant une fois de plus les espoirs de l’Ukraine qui subit l’invasion russe.

Qui n’a pour l’instant pourtant aucun autre choix que de poursuivre ses discussions avec les Américains menant la danse diplomatique. Après avoir annulé leur passage à Bruxelles après leur étape à Moscou (dont il n’est rien sorti de concret), Steve Witkoff et Jared Kushner ont tenu samedi en Floride une troisième journée de discussions de suite et un entretien téléphonique avec Zelensky. Ils sont convenus «des prochaines étapes et du format des négociations à venir avec les Américains», selon un message posté sur X par le président ukrainien, qui attend le retour en personne de ses deux négociateurs pour donner plus de détails.

Mise à jour à 7 h 22, avec l’ajout des nouvelles déclarations de Donald Trump contre Volodymyr Zelensky.

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