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Guerre entre l’Ukraine et la Russie : fin à Genève des pourparlers «difficiles» selon Kyiv et Moscou

Deux heures seulement après l’ouverture du deuxième jour des discussions, les négociations ont pris fin ce mercredi matin, permettant des «progrès» après une vague de frappes russes nocturnes sur l’Ukraine.

A l'hôtel Intercontinentale de Genève où se déroulent les négociations. (National Security and Defence Council of Ukraine/via REUTERS)
Publié le 18/02/2026 à 7h54, mis à jour le 18/02/2026 à 12h33

On s’assied autour d’une table et on recommence. Ukrainiens et Russes ont repris ce mercredi 18 février leurs pourparlers à Genève sous médiation américaine pour essayer d’imaginer une issue à quatre années de combats en Ukraine. Si la veille, les échanges avaient duré six heures et «été très tendus» - selon une source proche de la délégation russe -, ce deuxième jour a accueilli une rencontre express: pas plus de deux heures de discussions, qui ont permis des «progrès» selon le chef de la délégation ukrainien. Des pourparlers «difficiles, mais professionnels», a résumé quant à lui le chef de la délégation russe, Vladimir Medinski, tandis que Volodymyr Zelensky pointe des ambitions encore très différentes, entre les deux partis.

Cette seconde rencontre a eu lieu alors que la Russie a lancé un missile balistique et 126 attaques de drones sur l’Ukraine dans la nuit de mardi à mercredi, selon l’armée de l’air ukrainienne. Moscou a également revendiqué mercredi la prise du village de Krynytchné dans la région de Zaporijjia (sud) et du village frontalier de Kharkivka dans la région de Soumy (nord-est).

«Les positions diffèrent»

Les parties ont travaillé sur la base du plan américain dévoilé il y a plusieurs mois, qui prévoit notamment des concessions territoriales de la part de l’Ukraine en échange de garanties de sécurité occidentales. Les négociations bloquent toutefois sur le sort du Donbass, le grand bassin industriel de l’est de l’Ukraine : Moscou réclame que les forces ukrainiennes se retirent des zones qu’elles contrôlent encore dans la région de Donetsk, ce que Kyiv refuse. Mais cette fois-ci, selon Roustem Oumerov, le chef de la délégation ukrainienne, le deuxième jour de pourparlers qui vient de se conclure a donné lieu à certains «progrès», mais «aucun détail ne peut être divulgué à ce stade» car «ce travail complexe exige l’accord de toutes les parties et un délai suffisant».

Pour Volodymyr Zelensky cependant, à l’issue des négociations, les positions de Kyiv et Moscou «diffèrent» toujours sur des points clés. «On peut voir qu’un certain travail préparatoire a été fait, mais pour l’instant, les positions diffèrent» sur les questions «sensibles» des territoires et de la centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par l’armée russe, a déclaré le président de l’Ukraine. Ce dernier a par ailleurs accusé Moscou d’essayer de «faire traîner en longueur» les négociations à Genève.

Concessions demandées à Kyiv

Les discussions de Genève font suite à deux récentes sessions de pourparlers à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis, qui n’avaient pas débouché sur de grands progrès. L’émissaire de la Maison Blanche Steve Witkoff a cependant salué mercredi l’avancée représentée par la poursuite de ce processus de négociation rassemblant Russes et Ukrainiens. «Le succès du président Trump à réunir ensemble les deux parties de cette guerre a apporté un progrès significatif», a indiqué sur X le négociateur après une première journée de pourparlers. «Les deux parties sont convenues d’informer leurs dirigeants respectifs et de continuer à travailler en vue d’un accord», a-t-il ajouté.

Donald Trump fait pression pour obtenir un dénouement diplomatique du conflit déclenché par l’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022. «L’Ukraine ferait mieux de venir à la table des discussions, et rapidement», a répété lundi soir le président étasunien, après avoir appelé la semaine dernière son homologue ukrainien à «se bouger», assurant que la Russie voulait «conclure un accord».

Volodymyr Zelensky a pour sa part mis en doute à de multiples reprises la volonté du Kremlin de négocier. Le président ukrainien a estimé qu’il n’était «pas juste» que le président Trump appelle l’Ukraine et non la Russie à faire des concessions pour obtenir la paix, dans une interview au média américain Axios. Il a dit espérer que cette pression redoublée sur Kyiv «soit juste sa tactique et pas une décision».

«Cadre pratique et non seulement formel»

Samedi, en marge de la Conférence sur la Sécurité de Munich, le chef de l’Etat ukrainien a de nouveau exclu, à ce stade, de céder des territoires à la Russie, qui occupe mi-février 19,5 % du territoire ukrainien. Selon la politologue Tatiana Stanovaïa, le choix d’un conseiller du Kremlin, l’historien nationaliste Vladimir Medinski, pour mener la délégation russe à Genève, illustre le «retour des exigences politiques au centre des discussions».

Selon le chef de la délégation ukrainienne, la prochaine étape consistera «à obtenir le consensus nécessaire» pour soumettre un document à l’examen des présidents. «Plusieurs points ont été clarifiés, tandis que d’autres nécessitent une coordination supplémentaire». «Notre tâche est de préparer un cadre pratique, et non seulement formel», a-t-il ajouté, soulignant que pour Kiev «l’objectif à terme reste inchangé : une paix juste et durable».

Mise à jour : à 12 h 30, avec ajout fin des pourparlers

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