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Reportage

«Il faudrait clôturer cette histoire» : trente ans après la fin de la guerre, la Bosnie toujours rongée par les divisions

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En 1995, la diplomatie américaine imposait les accords de Dayton pour mettre fin au conflit dans les Balkans. Trois décennies plus tard, ce cadre institutionnel basé sur des critères ethniques continue de diviser le quotidien des habitants.

Le cimetière de Sarajevo, le 20 novembre 2025. (Amel Emric/Reuters)
ParLouis Seiller
envoyé spécial à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine)
Publié le 14/12/2025 à 10h33

Une clôture métallique qui coupe un parking en deux. C’est la première chose que montre Boris Luketa en traversant le quartier résidentiel du sud-est de Sarajevo, où il a grandi. D’un côté, la Fédération qui regroupe Bosniaques et Croates, de l’autre, la Republika Srpska (RS). «Cette clôture, c’est la ligne qui sépare les deux entités, explique le jeune homme de 28 ans, pull rouge et barbe taillée de près. Ma famille vivait de l’autre côté dans ce bâtiment, avant qu’il ne soit attribué à la Fédération, et qu’on déménage ici à Sarajevo Est.»

De ce côté-ci du parking, les panneaux sont en alphabet cyrillique, certaines boutiques arborent les couleurs rouge-bleu-blanc du drapeau serbe, et les clochers des églises orthodoxes apparaissent entre les nombreux immeubles en construction. A Sarajevo Est, comme dans le reste de la RS, les Serbes de Bosnie sont majoritaires. Mais Boris Luketa l’assure : les divisions administratives ne dictent pas le quotidien. «Si on parle de coexistence, la vie est tout à fait normale, affirme-t-il sans hésiter. Les gens de Sarajevo viennent à Sarajevo Est, et ceux de Sarajevo Est vont à Sarajevo. Il n’y a absolument aucun problème.»

Si le quotidien est apaisé, les conséquences de la guerre qui a fait plus de 100 000 morts et deux millions de déplacés imprègnent toujours fortement les esprits, trente ans après la signature des accords de paix, le 14 décembre 1995. Comme la plupart des Serbes de Bosnie, Boris regarde avec prud

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