Aux Etats-Unis, ils sont accusés d’être responsables de la mort par balles d’Alex Pretti et Renee Good, mais ils pourraient tout aussi bien se retrouver dans quelques jours aux abords du pas de tir des épreuves de biathlon des JO d’hiver de Milan-Cortina, dans les Alpes italiennes.
Selon le journal Il Fatto Quotidiano qui le premier a révélé l’information samedi 24 janvier, des membres de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), la très controversée police américaine de l’immigration qui se comporte de plus en plus comme une milice aux ordres de l’administration Trump, devrait en effet accompagner la délégation du pays lors de la quinzaine olympique, du 6 au 22 février. Ce qu’a confirmé l’agence elle-même, mardi, dans un communiqué : «Aux Jeux olympiques, le service de sécurité intérieure (HSI) de l’ICE soutiendra le Service de sécurité diplomatique du département d’Etat américain, ainsi que le pays hôte.» Sa mission, est-il précisé, sera «d’évaluer et d’atténuer les risques liés aux organisations criminelles transnationales».
Complaire à la Maison Blanche
Dans la péninsule, l’annonce passe mal et provoque de vives polémiques. «Il est clair qu’ils ne sont pas les bienvenus à Milan, il n’y a aucun doute» a tonné le maire (centre gauche) de la ville, Giuseppe Sala, pas du tout satisfait des assurances de l’agence américaine, laquelle a précisé : «Bien évidemment, l’ICE ne mène pas d’opérations en matière d’immigration à l’étranger […], toutes les opérations de sécurité restent placées sous l’autorité de l’Italie.» C’est «une milice qui tue» et «entre chez les gens en s’autodélivrant l’autorisation» a insisté Giuseppe Sala, selon qui la présence d’une telle structure aux Jeux olympiques pose un vrai «problème».
Et un vrai dilemme pour le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni, qui cherche toujours à complaire au locataire de la Maison Blanche. Recevant la semaine dernière, à Rome, le chancelier allemand, Friedrich Merz, la présidente du Conseil est allée jusqu’à avancer : «J’espère qu’un jour nous pourrons décerner un prix Nobel de la paix à Donald Trump et je suis convaincue que, s’il fait la différence […] en instaurant une paix juste et durable en Ukraine, alors nous pourrons nous aussi proposer sa candidature au prix Nobel de la paix.»
Reportage
Alors que Giorgia Meloni n’a émis aucun commentaire après les morts d’Alex Pretti et de Renee Good, ce que lui reproche le parti démocrate («son silence n’est pas neutre, c’est un choix politique clair»), les responsables de la majorité sont visiblement embarrassés par l’arrivée des troupes de l’ICE en Italie du Nord. Lundi, Attilio Fontana, le président (Ligue du Nord) de la région Lombardie, a assuré que les agents américains assumeraient uniquement «un rôle défensif» et se limiteraient à la surveillance du vice-président JD Vance et du secrétaire d’Etat, Marco Rubio, attendus à Milan le 6 février pour la cérémonie d’ouverture.
Ses services ont ensuite cherché à minimiser la question en affirmant qu’Attilio Fontana n’avait aucune information sur la présence de l’ICE. Quant au ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, il a lui aussi garanti, lundi, que «l’ICE en tant que telle n’opérera jamais en Italie, car la gestion de l’ordre public, de l’immigration et de la sécurité relève de nos forces de police». Il a en outre laissé entendre que le débarquement de forces anti-immigration américaines était encore en suspens : «Si jamais, de façon tout à fait hypothétique, devaient arriver des unités isolées appartenant à des organismes de sécurité américains, elles seraient déployées de manière fonctionnelle et non opérationnelle.»
«L’Italie, paillasson des Etats-Unis ?»
Le communiqué mardi matin de l’ICE semble couper court à l’emploi du conditionnel. «Je ne me sens pas protégé par Piantedosi», a polémiqué Giuseppe Sala, ajoutant «Je pose la question : pourrions-nous dire une fois non à Trump ?» «Qu’est devenue l’Italie, le paillasson des Etats-Unis ?» embraye le démocrate Sandro Ruotolo, tandis que la gauche radicale prévient : «Nous ne voulons pas la milice assassine en Italie.»
«Ce ne sont pas les SS qui arrivent. Ils ne viennent pas avec des mitrailleuses et le visage couvert. Ce sont des fonctionnaires», a tenté, pour calmer le jeu, le ministre (Forza Italia) des Affaires étrangères, Antonio Tajani, annonçant la tenue prochaine d’une réunion entre les autorités italiennes et l’ambassade des Etats-Unis sur le sujet.
Mais la grogne s’amplifie et certains Milanais menacent de descendre dans la rue à l’ouverture des Jeux. «Si quelqu’un pense que Milan se taira face à la possibilité qu’une milice fasciste comme l’ICE puisse se promener armée dans notre ville, il aura une mauvaise surprise», a prévenu le conseiller municipal (démocrate) Alessandro Giungi, également président de la commission olympique à la mairie. En attendant les agents américains, une centaine de militaires du Qatar ont déjà débarqué dimanche à Milan, avec leurs blindés, en vue de prêter main-forte aux Italiens pour garantie la sécurité des Jeux.




